Augmenter l’efficacité énergétique des bâtiments est une chose, mais quid du porte-monnaie des locataires? Toutes les craintes de l’Asloca zurichoise sont là. Le 28 novembre, le canton votera sur une nouvelle loi sur l’énergie dont le but principal est de remplacer les quelque 120 000 chauffages aux combustibles fossiles du canton par des solutions renouvelables.

Il s’agit ainsi d’atteindre l’objectif cantonal de zéro émission de CO2 en 2050. Le hic: après l’aboutissement d’un référendum soutenu par l’association des propriétaires zurichois et l’UDC, un nouvel acteur inattendu émet des doutes sur le projet: l’association de défense des locataires. Car qui dit rénovation dit le plus souvent hausse des prix. Climat ou loyer bas: faut-il choisir?

Des évacuations par milliers

«Non je ne pense pas», répond d’emblée Walter Angst, porte-parole de l’association de défense des locataires zurichois (Mieterverband). «Le problème n’est d’ailleurs pas seulement la hausse des prix, précise-t-il. Mais plutôt les évictions.» Car à Zurich, explique le communicant, «à défaut de lois strictes de protection des locataires comme il en existe dans les cantons de Genève, Vaud ou Bâle, il arrive régulièrement qu’un immeuble entier se retrouve poussé dehors».

Le phénomène touche des milliers de personnes chaque année. «Un tiers des rénovations sont corrélées à une éviction, dit Walter Angst. Ce qui correspond à 1500 appartements par an. Or, pour atteindre son objectif zéro émission, la ville de Zurich doit accélérer le mouvement, ce qui pourrait causer des dizaines de milliers de fins de bails forcées ces prochaines décennies. Dans une ville qui compte déjà parmi les plus chères du monde, cela pourrait précipiter une crise sociale.»

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Un rapport commandé par la ville de Zurich publié en 2020 démontre que les plus touchés par le phénomène sont les foyers aux salaires les plus faibles. Ces derniers habitent en effet dans les logements les plus vétustes – et donc les plus susceptibles de demander de gros travaux et d’être vidés de leurs occupants. Sans toujours trouver à se reloger au même prix, ni au même endroit. En 2017, atteste une autre étude statistique de la ville de Zurich, près d’un quart des locataires expulsés devaient en effet quitter la commune.

«Difficile d’installer une pompe à chaleur dans un bâtiment occupé»

Conscient de la problématique, l’exécutif de la ville se penche actuellement sur des mesures d’accompagnement. Notamment l’interdiction d’expulser des locataires si des subventions ont été touchées pour rénover un bâtiment. Rien n’est cependant prévu au niveau cantonal, déplore Walter Angst. Le conseiller d’Etat chargé du dossier Martin Neukom (Vert) a bien assuré que cette réforme ne conduirait à «aucune éviction». Sans toutefois dissiper les craintes à ce sujet.

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A l’origine du référendum contre la nouvelle loi sur l’énergie cantonale, l’association des bailleurs zurichois (HEV) met aussi en garde contre l’explosion des fins de bails. «Il est difficilement possible d’installer une pompe à chaleur dans un bâtiment occupé», dit la HEV, qui ajoute que le projet soumis au vote est «inutilement bureaucratique», «inabordable pour certains de ses membres» et que l’immobilier suisse a déjà fait «beaucoup d’efforts depuis 1990».

Directeur de l’association, Albert Leiser précise en outre qu’«aucun propriétaire ne prendra le risque de rénover son bâtiment, même avec des subventions, si elles sont conditionnées à l’interdiction d’augmenter les loyers ou de résilier le bail des locataires». Le promoteur siège au parlement cantonal pour le PLR, parti qui s’est engagé pour un oui le 28 novembre. Une contradiction de plus dans un débat qui en compte beaucoup.

L’écologie, numéro un dans les urnes

Traditionnellement engagée à gauche, et bien que directement concernée par la votation, l’association des locataires a ainsi préféré s’abstenir de donner un mot d’ordre… Tout en ajoutant ne pas être opposée au projet, dit Walter Angst. «Car si l’objet est refusé, cela ne protège pas davantage les locataires tout en permettant aux propriétaires de continuer d’installer des chauffages au mazout.»

L’équation mesures climatiques-mesures sociales fera par ailleurs aussi l’objet d’une votation à Bâle, où la population du canton-ville s’apprête à décider d’un frein aux hausses de loyers consécutives à des rénovations énergétiques. «Pour éviter que des investisseurs immobiliers n’augmentent leurs revenus sous couvert d’écologie», argumente l’association des locataires locale. L’environnement n’a pas fini de convier les citoyens aux urnes.