A Zurich, à trois jours des scrutins municipaux, le vote sur le centre des congrès fait davantage s'élever les débats que l'élection à la Municipalité qui doit décider du ou de la successeur de la Verte Monika Stocker (lire ci-dessous). Depuis plusieurs semaines, le «Kongresshaus», sis à l'intersection de la Bahnhofstrasse et du lac, fait naître des lettres de lecteurs. Surtout de la part de spécialistes. Il faut peut-être remonter au vote sur le nouveau stade du Hardturm en 2003 pour trouver pareil déferlement d'opinions.

Derrière cette effervescence électorale, ce sont deux approches de la cité zwinglienne qui se confrontent. «La Zurich de la culture contre celle du commerce», résumait récemment un commentateur. La première avance en rangs serrés pour contrer un projet signé de l'architecte star Rafael Moneo. C'est en 2005 que le jury, présidé par Peter Zumthor, sélectionne les plans de l'Espagnol. Ce dernier propose, pour un coût estimé à 380 millions de francs - dont un tiers payé par la Ville - un palais de verre pensé pour 3000 personnes, accompagné d'un hôtel de 250 chambres et d'un parking. Comble du luxe: la vue imprenable sur le point d'eau et les Alpes en arrière-fond.

Sauver un ouvrage clé

Les autorités de la Ville s'engagent prestement pour sa réalisation. Au nom de l'aura internationale de la cité. C'est ça, ou Zurich glissera en deuxième ligue, scande l'exécutif. Il rêve depuis longtemps, son maire socialiste Elmar Ledergerber en tête, d'une maison des congrès portant la griffe d'un grand nom de l'architecture, qui plus est jouissant de la proximité du lac.

Zurich, habituée aux superlatifs, est à la traîne dans le classement des destinations de congrès, où elle figure au 34e rang (entre 30 et 40 congrès chaque année), narguée même par Lucerne et son KKL. La Zurich du tourisme et du commerce exige une métamorphose.

Ce dimanche, les Zurichois se prononcent pour la première fois sur ce sujet. Ils doivent donner leur aval à l'achat par la Ville de la parcelle en bordure de lac pour un montant de 58,7 millions. Plusieurs aspects suscitent la polémique et déplaisent à la Zurich de la culture.

Principal reproche: le bâtiment de Rafael Moneo remplacerait l'actuel centre des congrès érigé en 1939 par Rudolf Steiger, Max Ernst Haefeli et Werner Moser sur la rive du lac. Jugée désormais inadaptée aux besoins, cette construction est toutefois qualifiée d'«ouvrage clé de l'architecture moderne». Le débat dépasse les rivalités partisanes. Dans le camp des opposants, ce sont avant tout les architectes, les Verts et les représentants culturels qui font parler d'eux. «Personne n'avait soupçonné un tel engagement», relève Jürg Rohrer, journaliste au Tages-Anzeiger, qui, comme la NZZ, soutient le projet.

Or, dans ce Zurich de la culture hostile au centre signé Moneo, se profilent des personnalités, telles Bice Curiger, curatrice renommée du Kunsthaus, le cinéaste Samir ou encore les responsables de la revue spécialisée Hochparterre. «Les volumes imaginés par Moneo écrasent les bâtiments environnants et ne justifient pas la destruction de l'un des derniers témoins de l'architecture fonctionnelle des années 1930», soutient Benedikt Loderer, rédacteur.

«Nous ne sommes pas contre un centre de congrès. Nous le voulons simplement ailleurs, par exemple plus proche de la gare, en lieu et place de la caserne.» Rien à voir en tout cas avec une querelle entre Anciens et Modernes, assure-t-on. Autre argument: le financement n'est pas complètement assuré et la Ville compte sur environ dix partenaires privés.

Un refus ce week-end signifierait une baffe pour certains radicaux, notamment les deux municipaux Martin Vollenwyder et Kathrin Martelli, très impliqués.

Pour le maire socialiste également, le revers serait rude. Après l'échec de «son» Hardturm, il peut encore, à deux ans du terme de sa fonction, espérer laisser une empreinte. Mais on ne craint pas pour l'image de la ville. «Le boom actuel de la construction, et notamment la Prime Tower (prochaine plus haute tour du pays), attestent déjà des ambitions de Zurich», juge Jürg Rohrer.

Aussi à Bâle

Le scrutin promet d'être serré et un oui n'entraînerait pas le premier coup de pioche. Loin de là. Les recours sont d'ores et déjà attendus. Quoi qu'il en soit, cette votation zurichoise rappelle d'autres luttes politiques autour de projets similaires comme le KKL de Lucerne ou l'échec du Casino signé Zaha Hadid, en juin dernier à Bâle. Ce dimanche d'ailleurs, les Rhénans se prononcent également sur une modification architecturale, soit un agrandissement de la halle des expositions sur la Messeplatz. Le projet, devisé à 400 millions de francs, est l'œuvre des architectes locaux Herzog & de Meuron. Là aussi, la taille suscite des retenues.