Des manifestantes traînées de force dans les escaliers du métro, repoussées à coups de matraques, plaquées au sol: ces images, qui circulent sur les réseaux sociaux, provoquent l'indignation en France. La charge de la police contre la marche nocturne féministe qui a rassemblé quelque 4000 personnes dans les rues de Paris dans la nuit de samedi à dimanche derniers passe mal.

Pendant ce temps à Zurich, le contraste ne pouvait être plus grand. Tandis que des manifestantes, bravant les mesures anti-coronavirus, affluaient dans la vieille ville à l'appel du collectif féministe l'Alliance des femmes de Zurich pour protester contre la violence et le sexisme, la police zurichoise tweetait: «En ce moment des femmes se rassemblent pour une manifestation non autorisée. L'atmosphère pacifique nous plaît. L'événement sera toléré.»

Et, sur place, les forces de l'ordre se sont montrées bien disposées envers les manifestantes, d'après des observateurs cités par la NZZ. «Bienvenue à cette manifestation non autorisée», «Vous défendez une cause légitime», «Le pouvoir des femmes impressionne – nous aussi», auraient ainsi encouragé des policiers au microphone. C'était la nouvelle Dialogteam à l'œuvre. Une stratégie de désescalade de la violence, inspirée par ce qui se fait en Allemagne, adoptée en été 2018 par l'ancien municipal responsable de la Sécurité et de la Police, Richard Wolff, avant tout pour tenter de juguler les actes de hooliganisme dont Zurich est régulièrement le théâtre.

Le choix des mots

Les membres de l'équipe de dialogue, qui suivent une formation spéciale, se distinguent des forces anti-émeutes. Plutôt que des boucliers, ils portent des vestes fluos et recherchent le contact avec les manifestants. Or leur style peu conventionnel ne plaît pas à tout le monde. Au lendemain de la manifestation du 8 mars, plusieurs Zurichois, dont la PDC Nicole Barandun, présidente de l'Union des arts et métiers, ont critiqué cette intervention sur les réseaux sociaux, jugeant que les forces de l'ordre outrepassaient le rôle neutre et distancé qu'elles sont censées tenir face à n'importe quelle manifestation. D'autres commentateurs saluent cette approche «sympathique» et estiment au contraire légitime que les forces de l'ordre soutiennent l'égalité inscrite dans la constitution.

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La police zurichoise s'est d'abord justifiée sur Twitter: «Dans un Etat de droit, la police peut se réjouir d'une atmosphère pacifique», avant de déclarer qu'elle allait «réfléchir à l'usage des mots». Le rôle de l'équipe de dialogue, explique Marco Cortesi, porte-parole de la police, consiste à entrer en communication avec les participants pour éviter que la manifestation ne sorte des rails, ou ne dégénère. «C'est une équipe encore jeune et peu expérimentée. Dans le feu de l'action, le choix des mots peut créer des malentendus», dit-il face aux critiques. Pas de quoi remettre en question cette mesure, en cours d'évaluation. «En comparaison avec les années précédentes, la manifestation s'est déroulée de manière particulièrement calme», juge Marco Cortesi.