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A Zurich, les espoirs de l’imam Gülen

L’imam devenu l’ennemi du gouvernement turc de Recep Tayyip Erdogan est à la tête d’un réseau d’écoles transnational. Il trouve ses fidèles en Suisse aussi. Visite dans l’une de ses écoles à Zurich, où se forme l’élite turque de demain

Les espoirs suisses de l’imam Gülen

Zurich L’imam devenu l’ennemi de l’Etat turc est à la tête d’un réseau d’écoles transnational

Il compte des fidèles à Zurich aussi. Visite

Sur la façade, ce slogan: «Ensemble vers le succès». Dans les salles ou les couloirs, aucun signe religieux, ni tête voilée. Rien qui permette d’identifier l’école Sera, dans le quartier d’Oerlikon, à Zurich, au mouvement de l’imam turc Fethullah Gülen. Fondée en 2009 par des adeptes du célèbre prédicateur musulman exilé aux Etats-Unis, l’école Sera propose un cursus de secondaire complet. Les adeptes de Gülen ont fondé au moins neuf centres d’appui scolaire entre Bâle et Saint-Gall. Mais aucun n’établit le moindre rapport explicite avec l’imam. C’est l’une des particularités du mouvement social et religieux nommé Hizmet («service» en turc), insaisissable et omniprésent à la fois.

L’imam turc est à l’origine d’un réseau d’écoles tentaculaire, qui s’étend d’Istanbul aux quatre coins de la planète, en passant par Zurich. C’est le socle de son influence, aujourd’hui dans le viseur du gouvernement turc. Une large part de l’élite turque présente aujourd’hui dans la police, le système juridique ou les milieux d’affaires, est passée sur les bancs des établissements pro-Gülen. Ses sympathisants ont contribué à l’arrivée au pouvoir de l’AKP de Recep Tayyip Erdogan au début des années 2000. Alliés au départ dans une vision commune de l’islam moderne contre les militaristes et les kémalistes laïques, l’Etat et le mouvement de Fethullah Gülen sont désormais en guerre. En décembre, des procureurs pro-Gülen ont émis plusieurs mandats d’arrêt contre des proches du gouvernement. Le premier ministre a répliqué en tentant d’interdire les dershane, centres de préparation aux concours d’entrée aux collèges et universités, dont un quart appartient à la communauté de Fethullah Gülen. A la veille des élections municipales de dimanche, la tension est à son comble en Turquie.

A Zurich, l’école Sera tient à rester à distance de ces remous. De la direction aux professeurs, pas un mot sur les foudres qui s’abattent sur le mouvement Gülen. «Nous sommes totalement indépendants sur le plan politique et confessionnel», martèle le jeune recteur, Suat Özdemir. Lui-même se dit «inspiré» par les idées du prédicateur. Mais, ajoute-t-il, l’école n’enseigne pas la pensée de Fethullah Gülen, n’est financée ni ne finance la confrérie. «Elle suit le plan d’études cantonal», ajoute Suat Özdemir. Ce que confirment les responsables cantonaux. Depuis sa fondation il y a cinq ans, des fonctionnaires du Département de l’instruction publique du canton de Zurich ont effectué au moins trois visites dans l’établissement. «Sera n’est pas une école religieuse et elle respecte le plan d’études», ­affirme le chef du Service scolaire, Martin Wendelspiess. «Fethullah Gülen est un homme bon!» lance un écolier en aparté, avant que ne surgisse l’enseignant pour rappeler le mot d’ordre: «Au travail!» S’ils ne transmettent pas les prêches de l’imam directement, les professeurs incarnent les valeurs au cœur de sa pensée: l’homme naît imparfait, mais peut compenser ses manques par le travail et la connaissance. Les écoles Gülen sont imprégnées par l’idée de succès. En Turquie et à l’étranger, elles représentent pour de nombreux Turcs un tremplin vers l’université ou les écoles professionnelles. En plus du plan d’études classique, l’école Sera affiche au programme des cours «d’art de vivre» conçus pour préparer aux épreuves de la vie professionnelle. Chaque élève passe en revue ses forces et ses faiblesses, trace sa trajectoire. Adnan, 15 ans, veut devenir professeur ou banquier. Besar, 14 ans, sera commerçant. Quant à Fatih, 15 ans, il rêve d’être informaticien. A l’école Sera, 70% des élèves sont turcophones et nés en Suisse. Parmi eux, la moitié possèdent un passeport rouge à croix blanche. L’école zurichoise compte aussi dans ses rangs des élèves des Balkans et quatre Suisses. Par le biais de son examen d’entrée et un prix d’écolage élevé, 1250 francs par mois – sa première source de financement –, elle attire surtout des jeunes issus de milieux aisés.

Bayram Balci, auteur d’une thèse sur les mouvements islamistes turcs, connaisseur du Hizmet, prête à ses établissements un rôle d’intégration: le mouvement «aide les Turcs à réussir dans leur société d’accueil et à rester fidèles à leurs racines», écrit-il. Certains, devenus plus tard des entrepreneurs couronnés de succès, ne manquent pas de manifester leur reconnaissance par des dons, autre manne des écoles Gülen.

«Le mouvement Gülen aide les Turcs à réussir dans leur société d’accueil et à rester fidèles à leurs racines»

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