Jamais deux sans trois. L'Union démocratique du centre (UDC), aile «Ville de Zurich», vient d'appliquer le dicton dans sa stratégie menée contre l'immigration. Cinq mois exactement après la première, elle lance sa troisième initiative visant à compliquer la procédure de naturalisation. En février, avec le slogan «Contre la dilapidation de la citoyenneté suisse», elle demandait que les candidats aient vécu sans interruption en Suisse pendant leurs douze dernières années et aient passé les dix dernières à Zurich. Ou que, sur une période de dix-huit ans, ils en aient passé quinze en Suisse, dont dix à Zurich. En juin, l'UDC clame que «Zurich n'est pas une ville de l'immigration» et son initiative populaire exhorte les autorités communales à tout mettre en œuvre pour qu'«il n'y ait pas d'immigration de masse». Enfin, la semaine prochaine, elle distribuera l'initiative dite «Naturalisations devant le peuple» pour demander que l'acceptation des demandes soit soumise au vote populaire.

Cette démarche n'est pas inédite. Si, à Schwytz, la naturalisation est de tradition soumise au vote populaire, dans le canton de Lucerne, les Démocrates suisses – appuyés par la section locale de l'UDC – avaient tenté d'en lancer l'idée dans trois communes.

Qui est habilité à juger qui et comment?

En juin dernier, leur initiative avait été refusée à Horw et Kriens et acceptée de justesse (par 51,5% des voix) à Emmen. Mais si l'on imagine déjà mal comment, pratiquement, dans une ville de 27 000 habitants, on peut gérer des naturalisations soumises au vote, le problème devient drastique dans une métropole de 336 000 habitants. Qui est habilité à juger qui et comment? Thomas Meier, chef du groupe UDC au législatif du parlement zurichois, balaie l'objection. «Si notre initiative est acceptée, il reviendra aux autorités d'en assumer les conséquences», rétorque-t-il. Cela dit, il a déjà tout prévu: «Il suffit de publier une brochure dans laquelle seront présentés tous les candidats à la naturalisation, poursuit-il. Pour l'instant, le parlement accepte trop de naturalisations. En 1992, il en approuvait 161, en 1998, il est passé à 545. Nous voulons lutter contre ce laxisme.» D'où le recours à la voix du peuple. Cette mesure, si elle est acceptée, ne touchera pas les étrangers nés en Suisse qui bénéficient de la naturalisation facilitée.

L'UDC bénéficie d'un contexte favorable, où la politique en matière d'immigration est la préoccupation première des Suisses alémaniques. Ses deux premières initiatives ont récolté en un mois plus de 10 000 signatures – plus qu'il ne faut. Mais les Zurichois découvriront, également dès la semaine prochaine, une autre initiative, celle de la socialiste Maria Roselli, qui la lance à titre personnel. Cette Italienne de la deuxième génération, double-nationale, demande-t-elle la suppression des taxes rendant la naturalisation très chère, et ce particulièrement à Zurich. A titre d'exemple, une personne ayant un revenu annuel de 60 000 francs doit payer environ 10 000 francs de taxes si elle veut devenir suisse. Selon l'initiative, seuls les frais administratifs seraient maintenus. Dans un contexte où les mesures prises contre les étrangers par l'UDC sont des thèmes porteurs, est-ce que l'appel à l'intégration suffit? «Le Parti socialiste ne doit pas être réactif, il doit être actif, réplique Maria Roselli. Nous ne faisons pas une politique contre l'UDC, nous proposons notre propre politique. A une époque où il y a 100 millions de migrants sur la planète, l'intégration est indispensable.» Cela dit, elle admet que les partis de gauche ont mis trop de temps à occuper le terrain en matière d'immigration – terrain largement occupé par la droite. «Pour cette raison, reprend Maria Roselli, le Parti socialiste zurichois a créé un groupe baptisé «Migration», dont je suis la présidente. Il est dans l'intérêt des citoyens suisses de prendre l'intégration des étrangers au sérieux, de lutter contre la ségrégation. Le climat actuel est très dangereux: j'ai l'impression que l'on est retourné aux années 50, à l'ère Schwarzenbach.»

Réaction de la cité

La Ville de Zurich a réagi au problème en présentant l'an dernier un «Modèle d'intégration», document proposant diverses mesures visant à harmoniser les rapports entre Suisses et immigrés. Suite à diverses critiques émanant des partis politiques comme des communautés étrangères, elle a dû revoir sa copie. Qu'elle représentera cet automne, dûment corrigée.