Les jardins d'enfants zurichois peuvent d'ores et déjà penser à mettre la clé sous le paillasson. Presque aucune opposition ne s'est élevée contre le projet de réforme de l'école publique récemment proposé par le conseiller d'Etat PDC Ernst Buschor, chef du Département de l'instruction publique (DIP) du canton de Zurich. Ce projet stipule notamment la fermeture des jardins d'enfants dont les classes fusionneront avec celles de première primaire. Tous les enfants âgés entre 4 et 7 ans devront suivre une division préscolaire obligatoire de trois ans. Deux enseignants dirigeront chaque classe, formée d'un mélange de 18 élèves en moyenne, de tous les âges.

Martin Wendelspiess, chef adjoint de la division de l'école publique au Département de l'instruction publique, explique ce choix par la grande diversité de niveaux que l'on rencontre chez les enfants d'un même âge. «Aujourd'hui, les enfants apprennent tous à lire et à écrire à partir de 6 ans seulement, lorsqu'ils entrent en première primaire, explique-t-il. Pourtant, on sait que 23% d'entre eux, de manière autodidacte ou avec l'aide de leurs parents, ont déjà au moins six mois d'avance sur les autres et que 10%, au vu de leurs connaissances, pourraient même tout de suite entrer en deuxième primaire. D'un autre côté, environ 15% des enfants restent une année supplémentaire au jardin d'enfants.» Résultat: près de la moitié des enfants en première primaire soit s'ennuient, soit triment à rattraper leur retard.

L'école enfantine nouvelle, version zurichoise, permettrait donc aux élèves d'entrer dans le cursus primaire selon leurs capacités. Les rapides ne resteront que deux ans dans la division préscolaire, la majorité trois ans et les plus lents quatre ans. En deuxième primaire, on obtiendrait alors des classes constituées d'élèves non pas forcément du même âge mais en tout cas du même niveau. Le passage se ferait en douceur, le principe sous-jacent n'étant pas d'adapter les enfants aux systèmes scolaires mais bien l'inverse. Il est probable que cette nouvelle structure sera encore plus souple que celle de Genève (lire ci-dessus).

Autre grande révolution à Zurich: d'un jardin d'enfants facultatif où l'on ne peut enseigner ni l'écriture ni la lecture, on passerait à un enseignement obligatoire n'excluant aucune branche. C'est bien sûr sur ces points que des protestations se sont élevées dans la population, au travers de quelques lettres de lecteurs.

L'Union démocratique du centre (UDC) s'est empressée d'entretenir cette crainte. Inge Stutz, présidente UDC de la commission de l'enseignement du parlement zurichois se dit sceptique. «Nous craignons que l'on astreigne trop vite les enfants à un travail scolaire en les privant de leurs dernières années de liberté, estime-t-elle. Mais il est difficile de se faire une opinion, la proposition de réforme est encore trop floue.»

Mis à part ces quelques voix discordantes, la réforme d'Ernst Buschor n'a récolté que des opinions favorables. La majorité des partis politiques et des professeurs, les parents et même l'Association zurichoise du personnel des jardins d'enfants (VZKB) se disent prêts à suivre leur conseiller d'Etat.

Pas avant une dizaine d'années

Pour Marlies Stopper, présidente de la VZKB, les gens qui s'opposent aux changements dans la scolarité des tout-petits ont en général des idées fausses sur les jardins d'enfants. «Par des jeux, les élèves apprennent déjà énormément de choses du point de vue social, communicatif, artistique et même mathématique.» Quant au caractère obligatoire de la nouvelle école enfantine, il n'est pas très astreignant: 98% des enfants sont déjà volontairement inscrits au jardin d'enfants.

Le projet Buschor aura aussi l'avantage de régulariser la situation des jardins d'enfants zurichois. Ces établissements sont en effet placés sous l'autorité des communes et non du canton. Avec les 170 communes de Zurich, les problèmes d'organisation deviennent insurmontables. Quant au personnel des jardins d'enfants, il est prévu qu'il épaule et complète le travail des instituteurs. Un projet de loi de la réforme sera mis en procédure de consultation début 2000, mais sa concrétisation prendra probablement dix ans.