Ils n'avaient pas la gueule de bois, mardi, les premiers homosexuels à enregistrer leur union à Zurich. La ville sortait pourtant d'un week-end de Christopher Street Day (CSD), parade et fête commémorant les émeutes de Stonewall de 1969. Ernst Ostertag et Robert Rapp, les deux septuagénaires, militants de longue date pour la cause des homosexuels, sont arrivés en calèche devant l'Hôtel de Ville, avant d'entériner 47 ans de vie commune. Dans la Salle de musique du bâtiment administratif, pleine à craquer, ils se sont dit «oui» avant d'échanger des alliances achetées au début de leur union, durant les années 1950. Une mise en scène parfaite, flatteuse surtout pour le maire de Zurich, Elmar Ledergerber, qui signe ainsi, deux ans après Genève, le début d'une nouvelle politique de reconnaissance des couples homosexuels. Le maire a souhaité «tous (ses) vœux de bonheur» au couple. Il a aussi rappelé l'époque de «répression anti-homosexuelle» que les deux amoureux ont connue durant les années 1960, époque à laquelle «être enregistré comme homosexuel était une des pires choses qui pouvait arriver».

Contrairement au Pacs genevois, qui s'adresse aussi bien aux couples hétérosexuels qu'homosexuels, le «partenariat enregistré» zurichois n'est destiné qu'à ces derniers. Il a été accepté le 22 septembre 2002 par 62,7% des électeurs. Entre 300 et 400 couples homosexuels zurichois ont signé la déclaration officielle qui les engage, six mois avant l'acte d'enregistrement.

Les couples homosexuels enregistrés à Zurich sont considérés comme des proches ou des conjoints face à la législation cantonale. Ils sont exemptés de l'impôt sur les successions et les donations, ils ont le droit de visiter leur partenaire à l'hôpital et d'être informés par le médecin. Ils peuvent aussi refuser de témoigner lors d'un procès. En contrepartie, ils se doivent aide et assistance mutuelle.

Plusieurs des projets de Pacs lancés dans différents cantons ces deux dernières années ont été suspendus dans l'attente d'une loi fédérale. Un projet de Pacs vaudois est prévu dans le programme de législature 2003-2007. A Neuchâtel, une motion parlementaire est à l'étude devant la commission législative depuis juin 2001. Invoquant la protection de la famille, les députés valaisans ont refusé de justesse un postulat en décembre 2002.

De son côté, la loi fédérale se fait attendre. Le gouvernement a transmis son message au parlement fin novembre 2002. La commission du National devrait commencer à discuter du Pacs suisse à fin juin et présenter ses propositions aux députés d'ici à l'hiver. Le Conseil des Etats ne se penchera pas sur le projet de loi avant l'année prochaine. Il faudra vraisemblablement patienter jusqu'en 2006 au moins pour l'entrée en vigueur ou une votation.