Elles sont minoritaires, ces classes surpeuplées. Mais elles éreintent les professeurs, martèle le comité d’initiative zurichois. Alors qu’un maximum de 25 élèves par cours est prévu par la législation cantonale, près de 300 classes (sur 6734) ont atteint ou dépassé ce plafond dans les écoles primaires et secondaires du canton de Zurich. Il est temps de réduire la charge qui pèse sur les maîtres en fixant un maximum de 20 élèves par cours, souligne le comité «Pour un meilleur enseignement grâce à des classes plus petites». Les citoyens sont appelés à voter dimanche sur cette réduction.

Le climat est déjà électrique en Suisse alémanique, certains professeurs menaçant de s’opposer au nouveau plan d’études harmonisé et d’abandonner l’enseignement du français au primaire. Lancée par le Parti évangélique, en manque de victoire électorale, l’initiative est activement soutenue par trois associations d’enseignants, le syndicat VPOD Zurich, ainsi que le Parti socialiste.

Mais les maîtres sont-ils vraiment confrontés à une «hausse massive des élèves»? Les chiffres démentent ce constat alarmiste. Depuis 1990, la taille des classes est restée stable en Suisse, oscillant entre 19 et 20 élèves en moyenne à l’école primaire. Aucun chiffre national n’est disponible depuis 2009, «faute de données assez fiables», justifie l’Office fédéral de la statistique (OFS). Du côté cantonal, les statistiques ne montrent aucune variation: les écoles primaires zurichoises accueillent en moyenne 20,7 élèves par classe cet automne. A l’instar des années précédentes.

Si elle est rassurante, la moyenne cantonale cache de fortes variations communales. Les petites localités rurales d’Altikon ou d’Unterengstringen, par exemple, comptabilisent entre 24 et 28 élèves par cours. Au-delà de 28 enfants, le canton est tenu légalement de diviser ou de soutenir les classes.

«Vous imaginez enseigner dans une classe de 28 élèves? C’est terrible!» se désole Beat W. Zemp, président de l’association faîtière des enseignants alémaniques. «Je ne sais pas comment le maître peut faire correctement son travail. Surtout dans un environnement aussi hétérogène!»

C’est là, le principal argument des enseignants. Les classes réunissent des enfants de milieux sociaux de plus en plus éloignés – «jamais, auparavant, les parents n’avaient autant de différences de salaires», note le responsable. Et le nombre d’immigrés augmente par rapport aux enfants helvétiques.

En Suisse, «la proportion des classes qualifiées de très hétérogènes – qui compte 30% ou plus d’élèves de nationalité ou de langue maternelle étrangère – a fortement augmenté de 27% en 1990 à environ 42% aujourd’hui», selon l’OFS. Plus de la moitié des classes à Zurich sont qualifiées de «très hétérogènes». Les écoles de la métropole alémanique se situent ainsi au même niveau que les établissements vaudois. Seuls Bâle-Ville et Genève comptent davantage de «mixité».

«Pour une intégration réussie de tous les enfants, les écoles ont besoin de davantage de ressources», souligne le comité. Les élèves gagneraient à être scolarisés dans de plus petites classes, notent-ils.

Les recherches scientifiques ne sont pourtant pas unanimes. «Les effets de la variation de la taille des classes sur la performance des élèves ne sont pas étayés par des éléments probants», conteste l’OCDE dans un rapport publié en 2010. En revanche, personne ne doute de l’avantage d’une réduction des effectifs pour l’enseignant: une classe plus petite est plus facile à gérer.

Les professeurs sont «au bord du burn out», annonçait une enquête publiée le mois dernier par la Haute Ecole pédagogique du nord-ouest. Un enseignant sur cinq se sent dépassé, selon ce sondage mené auprès de 600 maîtres helvétiques.

Cet argument fera-t-il mouche dimanche à Zurich, alors que d’autres cantons, comme Berne, s’apprêtent à augmenter la taille des classes? Aucune organisation bourgeoise ne s’est activement engagée dans cette campagne, bien que tous les partis de l’Entente soient opposés à l’initiative.

Ils misent sur le «bon sens» populaire pour que le texte soit balayé dans les urnes. L’initiative coûterait cher aux contribuables: 120 millions de francs supplémentaires, dont 80% à la charge des communes. 1350 enseignants devraient être engagés, évalue le Conseil d’Etat. Et de nouvelles classes constituées.

Pour couler cette initiative dont l’effet «arrosoir» est contesté par une majorité des députés, le parlement avance donc un contre-projet. Pour soulager les écoles confrontées à un afflux d’élèves, il propose de renforcer le «pool» d’enseignants de réserve, avec 100 postes supplémentaires. Ainsi, quelque 260 professeurs seraient mobilisables, à la demande, pour venir en aide aux classes surchargées. Une mesure qui ne coûterait que 15 millions, précise le contre-projet.

«C’est mieux que rien, admet Beat W. Zemp. Mais cela ne me semble pas suffisant. Il y a des écoles et des classes qui brûlent», regrette le président.

Les partis de l’Entente misent sur le «bon sens» populaire pour que le texte soit balayé