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Pendant un cours de français, à Zurich, mars 2015.
© GAETAN BALLY

Enseignement

Zurich reste bilingue à l’école primaire

L’initiative visant à supprimer une des langues enseignées au primaire essuie un refus net, comme un texte similaire en 2006. Un signal jugé «positif» dans les cantons francophones

La ministre zurichoise de l’Instruction publique, Silvia Steiner, a poussé un soupir de soulagement dimanche. La population a rejeté clairement, à 60,8% de non, l’initiative cantonale réclamant la suppression d’une des deux langues étrangères – français ou anglais – du programme de l’école primaire et son report au degré secondaire. Les Zurichois confirment ainsi la ligne adoptée en 2006, lorsqu’ils avaient dit non à 59% à une initiative cantonale réclamant de repousser le français au secondaire. L’anglais continuera à être enseigné dès la 2e année primaire (4e année HarmoS), puis le français dès la 5e année (7e HarmoS).

La déception est grande du côté des syndicats d’enseignants à l’origine de l’initiative, qui réclament désormais davantage de moyens pour améliorer les cours de langues. Ni leurs arguments sur la surcharge des élèves et leurs lacunes en allemand, ni le soutien de la droite conservatrice (UDC, UDF et Parti évangélique) n’auront suffi. La population a fini par se ranger derrière l’avis du Conseil d’Etat et du parlement cantonal, ainsi que de la plupart des partis, qui s’étaient prononcés contre l’initiative.

Lire aussi notre commentaire: Un apaisement général et du chemin à faire

Mais, pour les opposants au système actuel, ce vote n’a rien d’un plébiscite pour le Frühfranzösisch. C’est plutôt la crainte de voir l’anglais reporté au secondaire, qui aurait convaincu les Zurichois de maintenir le statut quo. Silvia Steiner avait en effet déclaré en début d’année que le gouvernement, s’il avait à choisir, privilégierait le maintien du français. Or la présidente du syndicat d’enseignants ZLV, Lilo Lätzsch, ne le cache pas, c’est bien la langue de Ramuz qui donne du fil à retordre aux enseignants: «Notre problème avec l’enseignement du français reste entier. Cette langue est trop éloignée de nos réalités. Un Zurichois sur cinq n’a jamais mis les pieds en Suisse romande!»

Silvia Steiner ne partage pas cet avis, elle qui voit derrière ce vote «la démonstration de l’attachement des Zurichois à une Suisse plurilingue, inscrite dans un monde globalisé». L’élue PDC zurichoise a un poids en moins sur les épaules, elle qui est particulièrement exposée dans ce dossier puisqu’elle occupe depuis janvier la présidence de la Conférence des directeurs cantonaux de l’instruction publique (CDIP). A ce titre, elle est chargée de veiller au respect du concordat intercantonal de 2004, voulant que deux langues étrangères, dont une nationale, soient enseignées à l’école primaire. «Ce vote confirme notre politique des langues», se réjouit-elle.


A propos du débat sur les langues


D’autres décisions attendues

En 2008, la population zurichoise avait clairement approuvé, avec 62% de oui, le concordat visant à harmoniser les objectifs de formation de l’école (HarmoS). Une volte-face aurait eu des échos largement au-delà des frontières cantonales. En Suisse romande, la décision zurichoise provoque un concert de louanges. «Zurich donne un signal positif pour la cohésion nationale et pour l’enseignement du français. Il ne faut pas oublier que les cantons romands ont déjà fait un compromis en acceptant que l’anglais puisse être enseigné avant le français au primaire», souligne Anne Emery-Torracinta, conseillère d’Etat genevoise. Pas plus tard que jeudi dernier, les ministres de l’Education des cantons latins se sont concertés sur la question, ajoute l’élue socialiste: «C’est très clair, les Romands se montreront fermes et réclameront une intervention de Berne si un canton alémanique rompt le concordat sur les langues», souligne encore la cheffe de l’Instruction publique genevoise.

Ce ne sera pas nécessaire, pour l’instant du moins. Les regards se tournent désormais vers la Thurgovie, où le parlement s’apprête à valider une loi qui reporterait l’enseignement du français du primaire au secondaire. Et Lucerne, qui se prononce sur un projet similaire en automne prochain. A Nidwald, la population avait dit non à 61,7% à la suppression du français au primaire, en mars 2015. Pour de nombreux observateurs du débat sur les langues, la décision zurichoise pourrait calmer le jeu dans d’autres cantons. «C’est magnifique, les ennemis du Frühfranzösisch perdent une nouvelle bataille», déclare Mathias Reynard. Le conseiller national valaisan salue la «clairvoyance» des Zurichois, qui ont compris que les enjeux de leur décision dépassent leur canton: «Encore une fois, le peuple se montre raisonnable dans ce débat. Il a le goût des équilibres subtils qui forment la Suisse et dont le plurilinguisme fait partie.»

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