Urbanisme

Zurich rêve encore d’un nouveau stade de foot

La ville espère voir renaître un gazon et des tribunes sur les ruines de l’ancien stade du Hardturm, en plein centre-ville. En l’espace de dix ans, déjà deux projets de stade ont échoué. Celui-ci parviendra-t-il à convaincre les Zurichois?

Zurich donne une nouvelle chance à ses fans de football. La ville tient à voir renaître un gazon et des tribunes sur le site de l’ancien stade de Hardturm. L’exécutif a présenté mardi le gagnant d’un concours d’architecture pour un nouveau complexe pouvant accueillir 18 500 spectateurs.

Le site devra aussi accueillir des commerces, un jardin d’enfants, 173 logements en coopératives d’habitation et 636 appartements, nichés dans deux tours de 137 mètres de haut. Si ces dernières voient le jour, elles deviendront les plus hautes de Zurich, détrônant la Prime Tower (126 mètres). Car Hardturm doit être plus qu’un stade. Nouveau quartier en plein Zuri-West, il pourrait devenir une «porte d’entrée vers la ville», a affirmé le municipal André Odermatt, enthousiaste.

L’argument séduira-t-il les citadins? La ville, hôte de deux clubs de foot, le FC Zurich et Grasshoper, n’en est pas à sa première tentative. Pas plus tard qu’en septembre 2013, les Zurichois refusaient à 50,8% un crédit de 216 millions pour un stade de football et 154 logements. La dépense publique était jugée disproportionnée. D’autant plus que la ville possède déjà un stade de football, rénové en 2007: le Letzigrund, 25 000 places, qui partage son terrain entre matchs, concerts et rencontres d’athlétisme.

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Investissement privé

Les autorités ont tiré les leçons du passé: pour ce nouveau projet, l’investissement, estimé à 500 millions, sera assumé par les vainqueurs du concours d’architecture, HRS Investment AG et la société immobilière de Credit Suisse. En contrepartie, Zurich cède aux deux promoteurs les 55’000 mètres carrés du site, qui lui appartiennent encore.

Un business plan bien ficelé, tient à souligner Daniel Leupi, Municipal (Vert) responsable des finances: «Le souhait d’un vrai stade de football est grand. Et cette fois, le projet a de bonnes chances, car il est pris en charge par des investisseurs privés.» Les deux tours d’habitations doivent contribuer à financer le nouveau stade qui sera en mains d’une société commune, «Stadion Züri AG». La taille des immeubles ne risque-t-elle pas de braquer la population? Daniel Leupi se veut rassurant: «Les Zurichois ne sont pas hostiles aux gratte-ciel.»

Et après tout, en 2003, ils avaient dit oui à un nouveau bâtiment pentagonal de 30 000 places, destiné à remplacer le vieux stade décati de Hardturm pour la Coupe d’Europe de 2008. Mais le projet est resté bloqué durant des années par de multiples oppositions d’habitants du quartier, horrifiés par la hauteur du complexe et la perspective des hordes de fans à leurs portes. Lorsque la pelouse de Hardturm voit son dernier match se jouer en 2007, construire le nouveau stade à temps pour l’Euro 2008 n’est déjà plus qu’une chimère. Deux ans plus tard, Credit Suisse, qui était déjà à l’origine du projet, abandonnait et vendait le terrain à la ville.

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Pendant que se jouaient ces batailles, un groupe de citoyens s’est peu à peu emparé du site de l’ancien stade pour un faire un havre de paix en plein cœur de la ville. Ils ont remplacé le gazon bien taillé par une prairie fleurie, plus propice aux abeilles et aux papillons. Les habitants du quartier y font pousser des légumes et élèvent des poules. Il leur reste quelques saisons avant de devoir abandonner leurs jardins aux pelleteuses: le nouveau projet de stade devra obtenir l’aval du parlement zurichois et, sans doute, passer à nouveau l’épreuve des urnes.

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