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Langues

Zurich souffle sur les braises de la guerre des langues

Le comité d'initiative pour la suppression d'une seconde langue étrangère à l'école primaire a récolté bien plus de signatures que nécessaire. La campagne démarre, sur fond de menace de la cohésion nationale

Les enseignants zurichois soufflent sur les braises du débat sur l’enseignement des langues à l’école primaire. Vendredi, un comité réunissant plusieurs associations d’enseignants a annoncé avoir réuni 9270 signatures en faveur d’une initiative cantonale pour la suppression d’une langue étrangère à l’école primaire. C’est 3270 de plus que le nombre de paraphes exigés pour valider leur texte, qui vise à ne garder qu’une des deux «langues étrangères» enseignées en primaire – le français ou l’anglais.
Les enseignants se gardent bien de dire lequel des deux idiomes devrait disparaître. Pourtant, si leur initiative aboutissait, Zurich devrait choisir entre Shakespeare et Molière. «Ce sera au Conseil d’Etat de trancher», souligne Daniel Kachel, vice-président de la Fédération des enseignants zurichois du secondaire (SekZH). En 2006, Zurich avait déjà tenté de s’attaquer à l’enseignement de deux langues à l’école, avec une initiative visant alors directement la suppression du français. Un projet finalement refusé par 59% de la population.

Un sondage réalisé en 2014 a convaincu les enseignants de remettre le sujet sur la table: 75% des 1210 Zurichois interrogés se prononçaient en faveur d’une école primaire où l’on n’enseigne qu’une seule langue. Seuls 20% des sondés préféraient maintenir l’anglais et le français.

Cohésion nationale en péril

Cette fois, les initiants, menés par le député évangélique au Grand conseil Hanspeter Amstutz, n’entendent pas passer pour des ennemis du français. «Nous-mêmes ne sommes pas tous du même avis sur la langue à maintenir au primaire», souligne l’un d’entre eux. Mais les exemples présentés par plusieurs projets dans la même veine, dans d’autres cantons au centre et à l’est de la Suisse, montrent que lorsqu’il faut choisir, c’est souvent l’anglais qui prime.

«Ce n’est pas un démantèlement, mais, au contraire, une voie pour améliorer la qualité de l’enseignement», tente de rassurer Daniel Kachel, vice-président de la Fédération des enseignants zurichois du secondaire (SekZH). Plutôt que d’apprendre mal deux langues, les maîtres d’école souhaitent que les élèves se concentrent sur une langue, à raison de trois à quatre heures par semaine. La seconde ne serait pas abandonnée, mais reportée au niveau secondaire.

Classes trop grandes, niveaux très hétérogènes: les enseignants pointent aussi du doigt des conditions défavorables à l’apprentissage parallèle de deux langues. Surchargés, les écoliers finiraient par être dégoûtés et perdraient le goût de l’apprentissage. La qualité de l’ensemble de l’enseignement primaire en serait menacée.

Un débat similaire fait rage dans les cantons d’Argovie, des Grisons, de Saint-Gall, de Thurgovie, de Bâle-Campagne, de Lucerne et de Soleure. La Thurgovie déclenchait les hostilités en 2014, lorsque le parlement décidait de supprimer le français de l’enseignement obligatoire primaire dans son nouveau programme scolaire, qui entrera en vigueur en 2017.

La campagne zurichoise en faveur de la suppression d’une des langues obligatoires ne fait que commencer et renforcera la pression sur les autorités fédérales, dont l’arbitrage est attendu. Le gouvernement a d’ores et déjà fait savoir que si les cantons persistaient à vouloir renvoyer l’enseignement du français au secondaire, il était prêt à intervenir. Le ministre Alain Berset pourrait décider de lancer une révision de la loi sur les langues, afin de rendre l’enseignement d’un idiome national obligatoire au primaire déjà, et de garantir ainsi aux langues nationales «la place qui leur revient dans l’enseignement», indique le département. Car défavoriser une langue nationale «mettrait en péril la cohésion nationale et la nécessaire compréhension entre les communautés linguistiques», souligne le gouvernement, qui ne précise pas toutefois à quel moment il jugera nécessaire d’intervenir dans la bataille.

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