Suisse alémanique

A Zurich, le squat de la discorde

Le plus grand squat de la ville est au cœur d’un feuilleton politique. Le directeur de la police Richard Wolff, ancien militant d’extrême-gauche soupçonné de partialité, a dû se retirer du dossier

Grand bâtiment décati aux murs recouverts de graffitis, Koch Areal s’est transformé, au cours des dernières semaines, en sujet de préoccupation numéro un à Zurich. Entre 100 et 150 personnes occupent cette ancienne fabrique dans le quartier d’Albisrieden, à l’ouest de la ville. L’endroit attire aussi en fin de semaine des centaines de fêtards jusqu’au lever du jour. D’une banale histoire de plaintes de voisinage pour tapage nocturne (170 depuis le début de l’année), le plus grand squat de Zurich s’est transformé en arène d’une bataille politique.

La polémique est montée d’un cran en début de semaine, sous le feu de tirs groupés, dans la presse zurichoise, contre l’exécutif rose-vert. Première cible: Richard Wolff, 59 ans. Le Municipal issu de la gauche radicale est passé des mouvements contestataires de la jeunesse zurichoise des années 1980 à la Direction de la police en 2013. Il était responsable de faire régner l’ordre à Koch Areal. Jusqu’à la semaine dernière, lorsqu’il a fini par accepter de se dessaisir de ce dossier pour «des raisons familiales».

Affaire de famille

La rumeur courait, depuis trois ans déjà, que ses deux fils fréquentent Koch Areal. Lui s’était contenté de qualifier l’affaire de «privée». Accusé d’enfreindre la règle selon laquelle un élu doit se retirer d’un dossier si ses intérêts personnels sont concernés, il ne pouvait plus ignorer les soupçons de partialité. Désormais, il est sous le feu des critiques de tous les partis pour avoir trop tardé à prendre conscience de sa posture délicate.

Le sujet a réveillé l’hostilité de la droite à l’égard des socialistes, dominants avec quatre représentants sur neuf à l’exécutif, dont la maire Corine Mauch. Pas une semaine ne passe sans que le camp bourgeois ne dénonce le laxisme de la gauche, accusée d’avoir fermé les yeux sur les fêtes bruyantes de Koch Areal, son bar irrégulier, ou encore ses plantes de cannabis exposées sur les bords de fenêtres. Le PLR a annoncé le lancement d’une initiative pour remettre le quartier aux mains d’un investisseur privé afin d’accélérer le remplacement de l’usine désaffectée. Sur la place où se dresse la bâtisse, la ville prévoit de construire 300 à 340 logements à loyer modéré, une école maternelle, des bureaux et 16 000 mètres carrés d’espace vert. Mais le début des travaux n’est pas prévu avant 2021.

«Aucune plainte contre le bruit»

L’UDC, qui rêve depuis longtemps de voir fermer le squat et n’a eu de cesse de reprocher à la ville sa complaisance à l’égard des mouvements d’occupation, réclame aujourd’hui un changement à la tête du Département de la police, un poste que Richard Wolff occupe depuis son élection en 2013. Le Tages Anzeiger aussi, dans une tribune publiée le week-end dernier, exhorte le Municipal à remettre sa place. Une possibilité exclue par l’intéressé, qui estime avoir réparé sa faute en transmettant le dossier Koch Areal à son collègue, Daniel Leupi.

Le Vert, responsable des finances, a tenté d’apaiser les esprits mardi. «Avec l’introduction de nouvelles règles, la situation s’est améliorée et stabilisée sur le site de Koch Areal», a-t-il affirmé lors d’une conférence de presse. Début octobre, la ville avait exigé des occupants qu’ils réduisent les émissions sonores lors de leurs fêtes, qu’ils annoncent tout événement 14 jours à l’avance et qu’ils désignent une personne de contact pour les autorités. «Au cours du dernier mois, il n’y a eu quasiment aucune plainte contre le bruit», affirme Daniel Leupi.

Pas question, donc, de décréter une interdiction des fêtes de Koch Areal, encore moins d’évacuer les lieux. Car la ville tient à sa politique «pragmatique» en matière de bâtiments occupés. Inspirée à l’origine d’un principe mis en place à Genève dans les années 1980 pour mettre fin au jeu incessant du chat et de la souris entre policiers et occupants illégaux: Tans qu’il n’existe pas de permis de construire ou de détruire en vue d’un nouveau projet, la police n’intervient pas pour évacuer un bâtiment. Cette ligne avait été adoptée à Zurich en 1989 par un exécutif alors dominé par la droite. Elle a fait ses preuves au cours des 27 dernières années, estime aujourd’hui l’exécutif de la ville. Jusqu’ici, la trentaine de squats que dénombrés sur les bords de la Limmat ne faisait quasiment jamais parler d’eux.

 

 

 

 

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