Élections

A Zurich, une alliance verte à l’épreuve

Au parlement zurichois, Verts et Vert’libéraux disposent d’une force inédite qui pèse aussi lourd que l’UDC. Mais parviendront-ils à surmonter leurs divergences idéologiques?

Ensemble, Verts et Vert’libéraux obtiennent un quart des 180 sièges du parlement zurichois. Ainsi, les forces écologistes pèsent désormais le même poids que l’UDC, tombée à 25% après la perte de 9 sièges. Cette configuration inédite va-t-elle transformer Zurich en canton écologiste? Verts et Vert’libéraux peuvent-ils parler d’une seule voix sur le climat, ou sont-ils trop différents pour s’entendre? Enfin, le laboratoire zurichois est-il unique en son genre, ou préfigure-t-il d’une vague verte automnale aux Chambres fédérales?

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Au lendemain des élections victorieuses, l’heure est à l’optimisme. «Nous continuerons à nouer des alliances, comme nous l’avons toujours fait. Mais la différence, c’est que cette fois, nous pourrons trouver des majorités», souligne la cheffe du groupe des Verts au parlement zurichois, Esther Guyer. Ensemble, la gauche et le centre – gauche alternative, Parti socialiste, Verts, Vert’libéraux et Parti évangélique – totalisent désormais 94 sièges sur 180.

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Faiseur de roi 

Les écologistes ont fait un bond de 10%, «c’est énorme», souligne le président des Vert’libéraux Nicola Forster, qui profile déjà son parti dans le rôle du faiseur de roi: «Cela facilitera les alliances. Nous pourrons mettre les autres partis sous pression en ce qui concerne la politique climatique, qui doit désormais devenir une priorité. J’espère que nous pourrons inciter le courant vert du PLR. C’est indispensable pour atteindre un bilan carbone neutre d’ici à trente ans.» D’après lui, Zurich peut servir de laboratoire: les cantons possèdent une grande marge de manœuvre en matière d’environnement, que ce soit dans le domaine du chauffage, du parc immobilier ou de la politique de mobilité.

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L’alliance, pourtant, a ses limites. Vert et Vert’libéraux tombent d’accord sur certains thèmes de société, comme la défense du mariage pour tous. Ils parviennent à s’entendre sur les questions qui touchent à la protection du climat et de la biodiversité, ou sur la nécessité de sortir des énergies fossiles. Mais ils ne sont pas forcément d’accord sur la façon d’y arriver. Et en matière de politique fiscale, sociale et économique, ou lorsqu’il s’agit de définir le rôle de l’Etat, les Vert’libéraux votent comme l’UDC et le PLR.

Les Verts, de leur côté, sont prompts à prôner les interdictions ou les taxes pour changer les comportements des gens et se montrent plus pressés de tout changer. «Pour nous, c’est clair qu’il va falloir une révolution si l’on veut sortir des énergies fossiles en 2050. Je ne vois pas comment on pourrait se débarrasser de cette énergie au cœur de notre économie sans changement sociétal profond, relève Balthasar Glättli, conseiller national vert zurichois. Les Vert’libéraux, eux, pensent pouvoir compter sur la technologie et l’innovation pour nous rendre indépendant des énergies fossiles. Or si on remplace les réservoirs d’essence par des batteries électriques, on ne fait que déplacer le problème.» Aussi, pour lui, l’«allié naturel» se trouve plutôt du côté de la gauche: «Avec le Parti socialiste, nous partageons non seulement les points de vue sur l’écologie, mais aussi sur la politique sociale.»

Un automne vert sous la Coupole? 

Malgré leurs divergences, ces forces pourront-elles capitaliser sur leur succès zurichois en vue des élections fédérales du 20 octobre? Balthasar Glättli est convaincu que cette croissance verte n’est pas uniquement le résultat d’une tendance passagère, mais bien un phénomène durable. «L’actualité et les grèves du climat nous ont aidés. Mais nous avons déjà observé une montée des écologistes lors des élections communales zurichoise au printemps de l’an dernier. Je suis convaincu que cette tendance favorable se vérifiera en automne», souligne-t-il.

Or, ce qui fonctionne à Zurich n’est pas forcément voué au succès dans le reste de la Suisse. Côté romand, par exemple, les Vert’libéraux sont quasiment absents. Isabelle Chevalley, seule membre romande de ce parti au Conseil national, assure que la relève arrive sous la forme d’une jeunesse «très motivée». Pourtant, le petit parti manque de personnalités. Les difficultés des Vert’libéraux sont liées au système électoral, comme un quorum élevé à Genève, «véritable obstacle pour les petits partis», explique-t-elle. La nouvelle vague zurichoise de son parti, qui se dit «ni de gauche ni de droite», mais progressiste, la laisse dubitative. Résolument à droite, la Vaudoise voit quant à elle l’avenir de son parti dans une alliance avec le PLR, qu’elle appelle à «se réveiller totalement sur la question du climat».

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