L'affaire est sortie hier dans le Zürcher Unterländer. Deux clubs de football de la région de Zurich ont reçu la même lettre anonyme, qui s'attaque aux joueurs serbes. Ecrite dans un allemand comportant quelques fautes, elle donne l'ordre au FC Bülach et au FC Glattfelden de ne plus engager les joueurs d'origine serbe et de ne plus les laisser pénétrer sur le terrain. La missive continue ainsi: «Nous faisons savoir que des attaques contre les joueurs serbes et leurs familles seront provoquées jusqu'à ce que Milosevic remplisse toutes les conditions internationalement exigées. Il est dans votre intérêt qu'aucun bain de sang ne se produise pendant un match de foot. Ceci vaut également pour tous les entraînements.»

La lettre a été envoyée il y a deux semaines. Mais, jusqu'ici, les responsables des clubs ne souhaitaient pas la rendre publique, afin ne pas donner de plate-forme au corbeau. Ils ont préféré demander le soutien de la police. «Nous avons pris les menaces au sérieux, confirme Edi Koller, président du FC Bülach. C'est pourquoi nous avons demandé à la police d'être présente lors des matches qui nous ont opposés le 11 avril au Jugoslavija Zurich et le 18 au FC Kloten. Si quelque chose s'était passé, nous aurions été inexcusables.» Le porte-parole de la police cantonale zurichoise se refuse à tout commentaire: «Nous restons très prudents: nous ne voulons pas faire de la publicité à des menaces anonymes, affirme Werner Benz. Tout ce que je peux dire, c'est que, si de nouvelles menaces étaient envoyées, nous prendrions la décision, avec la Fédération régionale de football, de les analyser.»

Pour l'instant, aucune autre lettre n'est parvenue aux clubs. Son auteur – qui pourrait être suisse ou étranger, seul ou non – exige une «action militante pour une Suisse propre à Bülach et à Jestetten» et pour «les combattants de la liberté pour un Kosovo libre». «Ce mélange entre un groupe d'extrême droite qui sévit à Bülach et dans la ville allemande de Jestetten – Pour une Suisse propre – et le soutien à un Kosovo libre est très bizarre, commente Thomas Maag, auteur de l'article du Zürcher Unterländer. Moi, quand j'ai entendu parler de cette affaire, dimanche dernier, j'ai décidé de la publier, afin de couper l'herbe sous les pieds de l'auteur anonyme. Car, si celui-ci avait souhaité de la publicité, il aurait envoyé sa lettre aux médias.» A Bülach, on reste calme mais vigilant. Dans le club de foot n'évolue qu'un seul Serbe, mais on y trouve des joueurs originaires de toute l'ex-Yougoslavie – à l'instar des autres clubs de la Fédération régionale. Selon Edi Koller, les relations sont bonnes, il n'a constaté aucune crispation entre les joueurs qui parlent calmement de la guerre qui déchire leur pays. Les Serbes n'ont même pas tenu à mettre un brassard noir lors des matches, marque de deuil arborée par certains de leurs compatriotes jouant dans d'autres clubs de Suisse.