Dans l'attente des conditions définitives de la reprise de Swiss par Lufthansa, Zurich retient son souffle. Et affiche un profil bas. La question se pose bien sûr de savoir si l'action de sauvetage de Swissair, fin 2001, en valait la peine. Et si les 300 millions que les contribuables zurichois ont accepté de verser à la nouvelle compagnie pour permettre son décollage ont été bien investis. Mais tout aussi lancinante est la question du sort réservé à l'aéroport de Zurich, dont les ambitions de plateforme intercontinentale risquent de prendre un nouveau coup si Swiss est intégrée dans le giron de Lufthansa.

Les acteurs directement concernés se taisent encore. La conseillère d'Etat et cheffe du Département de l'économie, Rita Fuhrer, ne souhaite pas faire de commentaire sur les conséquences d'un tel scénario pour l'avenir de l'aéroport et pour l'économie du canton. La société exploitante de l'aéroport Unique espère «une solution stable à long terme», déclare sa porte-parole, Sonja Zöchling. Mais refuse de s'aventurer plus loin et estimer les risques que Lufthansa pourrait faire courir à l'aéroport de Zurich: «Nous ne savons même pas ce qui fait l'objet de négociations.»

Les politiciens sont un peu plus diserts. Le fait que la compagnie du grand voisin prenne bientôt ses quartiers à Kloten ne trouble pas le maire de la ville et candidat UDC au Conseil d'Etat, Bruno Heinzelmann: «De mon point de vue, la reprise de Swiss par Lufthansa est une bonne chose. C'est une entreprise forte, et c'est mieux qu'un rapprochement avec une compagnie ou une alliance qui n'a aucune idée du marché suisse.» Bruno Heinzelmann, partisan en son temps, contre l'avis de la majorité de son parti, du crédit cantonal pour Swiss, ne le regrette pas aujourd'hui: «Il faut regarder en avant. La décision a été prise sous la pression du temps. Cela a permis de garantir pour trois ans déjà la survie de l'entreprise.»

Le président du groupe UDC au Grand Conseil zurichois, Alfred Heer, n'a pas d'état d'âme non plus envers un repreneur allemand. Dans une déclaration devant le parlement, lundi, il a estimé que «la place économique zurichoise a besoin d'un aéroport qui fonctionne, pas d'une compagnie nationale. Swiss était dès le début surdimensionnée. Le crédit accordé à la compagnie, le programme d'occupation le plus cher de tous les temps, a été un ratage géant.» La députée socialiste Dorothee Jaun lui a répondu: «Si nous avions laissé tomber Swiss il y a trois ans, il n'y aurait rien à négocier. Les travaux d'extension de l'aéroport, qui ont coûté 800 millions de francs, ont détruit bien davantage en argent du contribuable.»

Unique, qui a inauguré en septembre dernier son tout nouveau terminal, a certes augmenté son chiffre d'affaires et son bénéfice lors de l'exercice 2004. Mais le nombre de ses passagers, en très légère croissance, le place définitivement en queue du peloton des grands aéroports européens. Et la part revenant à Swiss est même tombée à 47,9% (suivie par Lufthansa, 4,8%). Plus grave, la vocation de plateforme intercontinentale de Unique fond comme neige au soleil. En 2004, le nombre des passagers en transfert a diminué de 28%. Que se passera-t-il avec l'arrivée de Lufthansa, avec, en concurrence directe pour Zurich, l'aéroport de Munich, dont la croissance s'est envolée l'année dernière?

Les politiciens, là, restent prudents: «J'attends ici l'influence de la politique pour que les liaisons intercontinentales soient maintenues. Ce n'est pas de l'interventionnisme. L'Etat a participé massivement au capital, il doit pouvoir faire entendre sa voix», dit le candidat UDC Bruno Heinzelmann. Doris Fiala, la présidente du Parti radical, reste vague pour le moment: «Ce qui est important, c'est que l'aéroport puisse bien fonctionner. Sans connaître les conditions du contrat, il est trop tôt pour évaluer les conséquences à moyen et long terme.» Un espoir toutefois est exprimé généralement: que l'arrivée en force de Lufthansa dans le ciel helvétique permette d'adoucir, voire de débloquer les conditions que l'Allemagne impose à l'aéroport pour les manœuvres d'approche. «C'est une chance de régler le problème», déclare le toujours optimiste Bruno Heinzelmann.