Elections 

A Zurich, les Verts gagnent, l’UDC perd, le PLR pleure

Stupéfaction lors des élections cantonales de dimanche: la droite perd sa majorité au parlement zurichois, au profit 
des Verts et des Vert’libéraux. Le Vert Martin Neukom entre au Conseil d’Etat, ravissant le second siège PLR

Il y a eu l’effet Fukushima en 2011. En 2019, il y a l’effet grève pour le climat. Les partis écologistes sortent grands gagnants des élections cantonales zurichoises dimanche avec neuf sièges supplémentaires pour les Verts (+4,69%) et également neuf mandats de plus pour les Vert’libéraux (+5,27%). Les forces écologistes détiennent désormais 45/180 sièges pour la législature 2019-2023, soit près d’un quart du parlement zurichois.

La surprise a été plus grande encore du côté du Conseil d’Etat, avec l’élection de Martin Neukom qui marque le retour des Verts à l’exécutif, quatre ans après la douloureuse éviction de Martin Graf lors des dernières élections cantonales. Le contraste ne pouvait être plus grand pour les Verts entre la morosité de 2015 et l’allégresse de 2019. 

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Cet ingénieur spécialisé dans l’énergie solaire de 32 ans, député au Grand Conseil depuis 2014, a devancé, avec 12 1823 voix, les deux candidats bien connus de la droite: l’UDC Natalie Rickli, ancienne conseillère nationale, finalement élue à la septième place avec 116 096 voix. Et Thomas Vogel, candidat expérimenté de 47 ans, qui manque son entrée à l’exécutif et fait perdre son second siège au PLR. Historique (le PLR a toujours eu plus d’un siège), la défaite n’en est que plus amère.

Quant au reste du gouvernement, les cinq sortants ont tous assuré leur réélection, le socialiste Mario Fehr obtenant le meilleur score (173231 voix), suivi par sa collègue de parti Jacqueline Fehr. Ernst Stocker (UDC), Silvia Steiner (PDC), Carmen Walker Späh (PLR) complètent le tableau. La participation a atteint 31,97%.

Une «rectification» après 
de précédentes pertes

La présidente des Verts, Marionna Schlatter-Schmid, sourire accroché aux lèvres, n’a pas caché sa surprise face au résultat inespéré de son candidat. L’omniprésence du climat dans le débat public au cours des dernières semaines, avec les manifestations d’étudiants, n’a pas seulement marqué le choix des électeurs, il a aussi ravivé la base du parti, créant une dynamique victorieuse. Marionna Schlatter-Schmid y voit une envie de renouveau, après une législature «marquée par la stagnation». C’est enfin une forme de rectification, quatre ans après les grosses pertes des écologistes (– 6 sièges pour les Verts, – 5 pour les Vert’libéraux lors des élections de 2015). 

Le scrutin dans ce canton le plus peuplé de Suisse intéresse particulièrement le reste du pays: il donne un aperçu de l’état des forces à sept mois des élections fédérales. L’issue a de quoi provoquer des sueurs froides à la droite. L’UDC perd neuf sièges au parlement. Le parti blochérien reste celui qui a le plus grand poids avec 45 sièges (24,46% des voix), mais l’écart avec le PS, seconde force qui se maintient avec 35 mandats (-1 siège, soit 19,31%), se réduit fortement. L’UDC, le PLR et le PDC et l’Union démocratique fédérale (EDU) – perdent en tout 13 sièges et possèdent désormais moins de la moitié des voix (86/180). Le PBD n’est plus représenté au parlement: il n’a atteint le quorum de 5% dans aucune circonscription. 

Pour le politologue zurichois Michael Hermann, ce glissement à gauche représente «une véritable tempête, du jamais vu!». Au cours des derniers mois, les thèmes de droite – peur de l’immigration, du terrorisme, de la crise économique et des pertes d’emplois – ont été relégués au second plan, observe-t-il: «Or, lorsque le sentiment de peur et d’insécurité faiblit, les thèmes propres aux sociétés prospères, comme le climat, peuvent revenir sur le devant de la scène.» La sécheresse de l’été 2018, l’échec de la révision de la loi CO2 puis les grèves pour le climat ont aussi éclipsé des sujets de préoccupation plus régionaux.

«L’UDC manque de meneurs après le retrait de Christoph Blocher», remarque encore le politologue. En outre, sa machine à gagner se grippe auprès d’une population toujours plus urbaine, qui ne se sent pas représentée par la droite conservatrice. Une tendance déjà visible lors des élections communales zurichoises au printemps 2018, où l’UDC perdait des plumes dans les agglomérations, qui lui sont d’ordinaire acquises.

«Les élections ont été dominées par des thématiques qui n’ont pas joué en notre faveur», reconnaît le président du parti, Konrad Langhart. Il ne s’exprime pas toutefois sur les leçons à tirer de ce drame zurichois: «Nous en discuterons dans les jours à venir.» 

Critique de la stratégie
 du PLR sur le climat 

Le PLR faisait grise mine dimanche. Sur Twitter, dans le courant de l’après-midi, des voix critiques ont émergé, sous le hashtag #DankeGössi, contre la stratégie jugée peu crédible de la présidente du PLR national. Sous la pression de la rue, Petra Gössi avait annoncé un «changement de cours» au sein du parti, sur la question du climat.

Le président du PLR zurichois, Hans-Jakob Boesch, de son côté, soutient cette stratégie «à 100%»: «Le PLR doit faire valoir sa ligne sur la politique environnementale», dit-il. Hans-Jakob Boesch, qui n’a pas été réélu au parlement, remarque aussi que le candidat de son parti au Conseil d’Etat a souffert de la mobilisation moindre de l’électorat UDC.

Sur l’Europe, autre sujet dominant dans cette campagne, l’UDC n’a plus l’apanage de l’opposition, alors que la plupart des partis, PS en tête, critiquent l’accord-cadre avec l’Union européenne. Nicola Forster, coprésident des Vert’libéraux zurichois, l’autre grand vainqueur du jour, est convaincu que son parti, clairement favorable à l’accord-cadre, a bénéficié de la déception des europhiles de droite et de gauche.

D’après le fondateur du think tank sur la politique étrangère Foraus, le vote de dimanche n’a pas été uniquement animé par les préoccupations thématiques, mais aussi par l’envie d’une «autre manière de faire de la politique, moins partisane, plus prête au compromis et à la collaboration». 

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