Zurich et le 01, c'est fini. Ou presque. La métropole alémanique avait jusqu'ici l'originalité d'un indicatif téléphonique à deux chiffres. Ce 01, vieux d'une trentaine d'années, était presque une parcelle de l'identité zurichoise. Ce 01 faisait de la métropole économique la cousine de Paris. Mais voilà, une page se tourne et, d'ici à 2007, les abonnés auront perdu ce signe de première place. Remplacé par de communs 044 et 043.

Uniformité des régions

Ce mois de mars a été celui d'une étape de nature technique. Désormais, si sur votre téléphone portable le numéro d'une cousine zurichoise est toujours enregistré avec l'un des 3,5 millions de 01 en service, il est vain d'espérer voir apparaître son prénom sur l'écran lors d'une communication. Le numéro de l'appelant n'apparaîtra que si les enregistrements sont déjà précédés du nouvel indicatif.

Intégré dans le plan de numérotation de 2000 de la Commission fédérale de la communication (ComCom), ce changement vise à multiplier le nombre de numéros: avec les fax et les modems la demande pourrait croître à vive allure. Le but est aussi, que cela plaise ou non, d'assurer une certaine uniformité avec les autres régions de Suisse.

A Zurich, certains ont fait la moue. La décision a provoqué de la rogne chez plusieurs usagers, surtout des entrepreneurs, redoutant les coûts occasionnés. Un comité baptisé «Zürich bleibt 01» (Zurich reste 01) s'est engagé en 2002 et jusqu'à l'an dernier pour la sauvegarde du 01. Il comptait dans ses rangs la présidente du Parti radical zurichois, Doris Fiala, et le spécialiste de relations publiques Klaus J. Stöhlker.

Depuis, le comité a dû s'avouer vaincu, mais les aigreurs sont là. Et son président, le radical Gaston Guex, ne revient pas sur son engagement: «Nous avons contesté le pouvoir dérangeant de l'administration. A quoi bon ce changement, à l'époque où Internet et le téléphone portable remplacent le fixe, si ce n'est pour occasionner des coûts aux particuliers.» Des coûts d'abord estimés par «Zürich bleibt 01» à quelque 500 millions de francs.

Chambouler les habitudes

Surtout, on n'a guère apprécié que des ordres en provenance de Berne chamboulent les habitudes. «Mais ça n'a rien à voir avec notre fierté de Zurichois», poursuit Gaston Guex. Résultat: la transition s'est faite dans la douceur, sans trop de brusquerie dans la volonté d'amaigrir les dépenses, puisque, depuis 2004 et jusqu'en 2007, les deux numéros sont opérationnels. Dans un communiqué diffusé en mai 2003, la ComCom précisait qu'à l'étranger, «trois à six mois» sont prévus pour de tels changements.

«Papier à lettres, cartes de visite, on peut se permettre d'attendre l'épuisement du stock», estime, guère déboussolé, ce responsable d'agence de voyages. Chez UBS, qui possède plus de 10 000 numéros avec l'indicatif zurichois, on ne s'affole pas non plus. Leur prix n'est pas évoqué, mais les modifications se feront progressivement d'ici à 2006.

En éliminant la zone 01, l'Office fédéral de la communication (OFCOM) veut aussi réduire les appels erronés, même rares, aux numéros courts, à l'image des services d'urgence. Eviter des 144 en lieu et place du 01 44xxx. Quoi qu'il en soit, dans la métropole, les passants ne s'enflamment guère sur le sujet. «044 ou 01, ce ne sont que des chiffres. Zurich peut vivre sans cet indicatif», résume un adolescent.

Le 01 a environ trente ans d'histoire. Mais rien à voir avec la position économique de Zurich en Suisse, assure-t-on à l'OFCOM. C'est déjà une pénurie de numéros qui avait forcé à abandonner le 051 jusque-là en vigueur: pour augmenter le nombre de chiffres du numéro de particulier. Le passage au 044 ou 043 (selon la région) s'apparente à l'opération de 1995, qui avait touché de nombreuses régions de Suisse appelées à revoir à la hausse le nombre de chiffres du numéro. Soit de six à sept.

Des préfixes itinérants?

Cette modification devrait garantir ce que le jargon de la branche a baptisé la «portabilité géographique des numéros». En d'autres termes, il devrait être possible de déménager de Neuchâtel à Zurich en conservant son numéro. Seulement voilà, à ce niveau, tout dépend du bon vouloir des opérateurs, et Swisscom, qui ne ressent pas la pression de la clientèle, n'est pas encore décidé à faire le pas. Le temps peut-être de digérer la facture calculée en millions que signifie pour le géant bleu la mort du 01 zurichois.