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Portrait du père de la réforme Ulrich Zwingli par Hans Asper
© ULLSTEIN BILD / Getty Images

Histoire

Zwingli, ce rebelle qui agite Zurich depuis cinq siècles

A l’heure où Zurich fête les 500 ans de la réforme, des historiens s’efforcent de casser les clichés sur Ulrich Zwingli

Zwingli a en commun avec Calvin, l’autre père de la réforme protestante en Suisse, de passer pour un personnage austère et ennuyeux. Sa statue de bronze zurichoise, sur le quai de la Limmat, ne dit rien d’autre: mâchoires serrées, regard au loin, bible dans une main, épée dans l’autre. «Ulrich Zwingli a une affreuse réputation. Le «zwinglianisme» évoque la timidité, la modestie, le zèle. Mais aussi l’incapacité à jouir de la vie», note Peter Opitz, spécialiste du personnage*. Ce professeur à l’institut pour l’histoire de la réforme à l’université de Zurich souhaite redorer son image, «sans en faire un héros».

Car Zwingli n’est pas le sombre théologien que l’on imagine, si l’on en croit les textes qui foisonnent à son sujet dans la presse alémanique et sur les rayons des librairies, à l’heure où l’on fête les 500 ans de la Réforme.

Récupération politique

Le fils du Toggenburg, à l’origine d’un mouvement qui se propagera ensuite dans le reste du pays, avait de l’humour, aimait la liberté, les femmes, la viande - même s’il prônait la modération et la frugalité - nous apprend un livre* publié récemment. Son auteur, Franz Rueb, s’est, lui aussi, donné pour objectif de briser les clichés attachés au nom d’Ulrich Zwingli. Le Réformateur y apparaît comme un avant-gardiste plein d’esprit.

Le regain d’intérêt pour cette figure zurichoise inspire aussi l’UDC. Dans un article paru en janvier, le rédacteur en chef de la Weltwoche Roger Köppel, sans redouter la récupération politique, érige le Réformateur en précurseur de toutes les batailles pour la souveraineté helvétique: «un rebelle version suisse». «Tous ceux qui accordent de l’importance au combat pour l’indépendance de la Suisse […] devraient lire ce qu’à écrit Ulrich Zwingli contre les mercenaires. Remplacez le mot «mercenaire» et «France» par «bilatérales» et «Bruxelles», et nous sommes dans le présent», écrit l’éditorialiste UDC.

Peter Opitz nuance: «A cette époque, la Suisse était dépendante de son commerce de soldats et connue dans toute l’Europe comme un pays de guerriers. C’est à cela qu’Ulrich Zwingli souhaitait mettre fin. A ses yeux, l’indépendance de la Suisse n’était pas incompatible avec les liens noués à l’étranger».

Un pacifiste?

L’historien est convaincu que le Réformateur, s’il vivait aujourd’hui, serait un pacifiste et se battrait pour mettre fin à l’exportation d’armes à l’étranger. Comment? Cet homme qui avait pris part aux batailles de Novare (1513) et de Marignan (1515), un pacifiste? «Dans un contexte de lutte entre catholiques et réformateurs, il considérait qu’il fallait prendre les armes pour défendre ses idées. Mais il s’est battu pour abolir le mercenariat et, du moment ou Zwingli est devenu curé de la ville, Zurich n’a plus envoyé de soldats à l’étranger. C’est le début de l’idée de Suisse neutre et pacifique», rétorque Peter Opitz.

Erudit cosmopolite

Pour comprendre le personnage d’Ulrich Zwingli, il faut remonter à son enfance heureuse les montagnes du Toggenburg, dans l’actuel canton de Saint-Gall. Il naît dans une famille de paysans. Le jeune Zwingli, qui aura dix frères et sœurs, montre très tôt des prédispositions et son père, qui occupait aussi le poste d’Amman, fera tout pour qu’il puisse suivre des études. Dès 1494, il fréquente l’école latine de Bâle, puis étudie à Berne et enfin à l’université de Vienne – dont il sera finalement exclu. Ce qui ne l’empêche pas, en correspondant prolifique, de tisser des liens avec l’élite intellectuelle européenne, au contact de laquelle il forge ses idées humanistes et libérales.

Un homme le marquera tout particulièrement: Erasme de Rotterdam, qu’il rencontre à Bâle. C’est dans leur correspondance que l’on apprend la liberté qu’Ulrich Zwingli prenait avec les règles du célibat: dans une lettre, il admet à son ami avoir enfreint la chasteté imposée aux prêtres. Zwingli ne s’intéresse pas seulement à la théologie, il se passionne pour la musique et à la littérature antique, écrit Franz Rueb.

A Einsielden, il se fait remarquer pour se prêches «explosifs». Il est appelé à Zurich où il sera nommé curé au Grossmünster en 1519, la plus grosse église de la ville. Dans ses prêches et ses écrits, il s’attaque aux institutions de l’église: célibat des prêtres, messe, culte des saints et jusqu’à l’autorité de l’église. «Il n’a pas imposé la réforme, il l’a amenée de manière démocratique, dans un climat favorable et avec le soutien du Conseil de Zurich. Il était convaincu que le changement devait partir du bas vers le haut», souligne Peter Opitz.

Calvin sous influence zurichoise

Encore une chose que l’on ignore sur Zwingli: son influence sur Calvin. Guillaume Farel, qui deviendra un ami proche dur réformateur genevois et contribuera à diffuser l’esprit de la réforme en Suisse romande, était d’abord un disciple de Zwingli. Pour le Zurichois, la communauté religieuse et la communauté politique sont identiques, tandis que Calvin voulait créer une communauté chrétienne aussi indépendante que possible des autorités politiques. «Ce modèle s’est ensuite imposé, en Angleterre, en Nouvelle Angleterre et jusqu’aux Etats-Unis, souligne Peter Opitz. C’est pourquoi on parle aujourd’hui de calvinisme, alors que la théologie repose fortement sur la pensée d’Ulrich Zwingli».


* Peter Opitz, «Ulrich Zwingli: Prophet, Ketzer, Pionier des Protestantismus», TVZ Verlag, 2015

* Franz Rueb, «Zwingli, Widerständiger Geist mit politischem Instinkt», éditions Hier und Jetzt, 2016

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