Un Airbus A321 d'une compagnie charter russe reliant Charm el-Cheikh en Egypte à Saint-Pétersbourg en Russie s'est écrasé samedi matin pour une raison encore indéterminée dans le Sinaï égyptien. Se trouvaient à bord 224 personnes, dont 17 enfants.

Les débris de l'appareil de la compagnie russe Kogalymavia, plus connue sous le nom de Metrojet, ont été localisés en fin de matinée au beau milieu d'une zone montagneuse dans la province du Nord-Sinaï, a annoncé le cabinet du Premier ministre égyptien.

25 minutes après le décollage

Les autorités de l'aviation civile avaient perdu le contact avec l'appareil alors qu'il volait à 30 000 pieds d'altitude (9144 mètres). La trace de l'avion a été perdue 23 minutes après son décollage, d'après le ministère égyptien de l'aviation civile.

Voir aussi: La trajectoire du vol selon Flightradar24.com

A Moscou, un responsable de l'agence fédérale russe de l'aviation Rosaviatsia, Sergei Izvolsky, a expliqué pour sa part que l'Airbus-321 de la compagnie Kogalymavia avec 217 passagers et 7 membres d'équipage à bord avait décollé à 05h51 heure locale (04h51 en Suisse) de Charm el-Cheikh, une station balnéaire de la mer Rouge dans le sud du Sinaï, et était en route pour Saint-Pétersbourg. «L'équipage devait entrer en communication avec Larnaca, à Chypre, mais cela n'a pas été fait et l'avion a disparu des écrans radar», a encore précisé ce responsable dans des déclarations télévisées.

«220 passagers croisés» 

Samedi après-midi, la branche égyptienne du groupe djihadiste Etat islamique (EI) a affirmé sur Twitter être responsable du crash de l'avion charter russe. Son communiqué a été diffusé par ses partisans sur le réseau social. «Les soldats du Califat ont réussi à faire tomber un avion russe dans la province du Sinaï transportant plus de 220 croisés qui ont tous été tués», a affirmé le groupe extrémiste dans un communiqué posté ses comptes habituels Twitter.

Il indique avoir agi en représailles à l'intervention russe en Syrie. «Sachez aussi, que nous vous tuerons tout comme vous nous tuez, par la permission d'Allah», indique un communiqué émanant de la branche du Sinaï de l'Etat islamique dans une traduction diffusée sur Twitter. La revendication de l'EI a également été diffusée sur le site Internet Aamak qui sert d'agence de presse semi-officielle pour Daech (acronyme arabe de l'EI).

Attentat jugé peu probable par l'Egypte et la Russie

Auparavant, des sources au sein des services de sécurité égyptiens avaient toutefois indiqué que les premiers éléments de l'enquête suggéraient que l'avion s'était écrasé en raison d'un problème technique. Une version aussi soutenue par Moscou. 

L'avion s'est certes écrasé dans le nord du Sinaï, un bastion de la branche égyptienne du groupe Etat islamique qui a commis dans cette zone plusieurs attentats visant les forces de sécurité, mais la haute altitude à laquelle le contact a été perdu avec l'avion rend peu probable l'hypothèse qu'il ait pu être touché par une roquette ou un missile, selon les experts.

Air France et Lufthansa ne survolent plus le Sinaï

Deux des principales compagnies aériennes européennes, Air France et Lufthansa, ont annoncé samedi avoir décidé d'éviter de survoler le Sinaï pour des raisons de sécurité. Elles attendent que les causes du crash d'un avion de ligne russe au-dessus de la péninsule égyptienne soient éclaircies.

Air France ne survole plus la zone du Sinaï depuis samedi après-midi, «à titre de précaution» et «jusqu'à nouvel ordre», après le crash de l'avion russe en Egypte, qui a fait 224 morts, a indiqué une porte-parole à l'AFP. Cette mesure a été prise en attendant que des clarifications soient apportées sur les causes de l'accident, a ajouté la porte-parole.

Scène tragique

Selon un responsable égyptien sur place, les corps d'une centaine de personnes, dont ceux de cinq enfants, ont été découverts dans les décombres de l'avion.

«Je suis face à une scène tragique. De nombreux morts jonchent le sol et beaucoup de passagers sont apparemment décédés sur leur siège», a déclaré ce responsable sous le sceau de l'anonymat.

Région montagneuse

«Les avions de l'armée ont retrouvé les débris de l'avion dans une région montagneuse», précise le communiqué du cabinet du Premier ministre égyptien Chérif Ismaïl. Ce dernier a encore souligné que 50 ambulances avaient été envoyées dans la zone pour «évacuer les blessés ou les morts» vers des hôpitaux du Caire et de Suez.

«L'avion s'est brisé en deux parties, une petite qui a pris feu côté queue et une plus grande qui s'est écrasée sur un rocher. Nous avons extrait au moins 100 corps et les autres sont toujours à l'intérieur», a-t-on confirmé au Caire.

Région prisée par les touristes d'Europe de l'Est

Le dernier crash aérien en Egypte remonte à 2004 et avait fait 148 morts, dont 134 touristes français. Un Boeing 737 de la compagnie égyptienne Flash Airlines s'était abîmé en mer Rouge, quelques minutes après son décollage de l'aéroport de Charm el-Cheikh.

Depuis la révolte de 2011 qui chassa Hosni Moubarak du pouvoir, le tourisme est en berne en Egypte et les autorités tentent de relancer ce secteur vital de l'économie. Malgré l'instabilité du pays, les stations balnéaires de la mer Rouge, dans le sud de la péninsule, restent l'une des principales destinations touristiques du pays. Elles sont très fréquentées par les touristes russes ou d'Europe de l'Est, qui arrivent chaque jour à bord de plusieurs vols charter.

Recueillement en Russie

Des ambulances arrivaient samedi en fin de matinée à l'aéroport de Saint-Pétersbourg et les autorités russes ont affrété des bus pour transporter les familles des victimes dans un hôtel proche de l'aéroport, a rapporté un journaliste de l'AFP sur place. Vladimir Poutine a ordonné l'envoi d'équipes de secours russes sur les lieux du crash. Le président russe a également exprimé ses «profondes condoléances» aux proches des victimes.

En Suisse, le conseiller fédéral Didier Burkhalter a fait part de ses condoléances en écrivant à son homologue russe Sergueï Lavrov.

Boîte noire retrouvée 

L'enregistreur des données de vol de l'avion de ligne russe qui s'est écrasé samedi dans le Sinaï a été localisé, a-t-on appris de sources proches des services de sécurité égyptiens. En Russie, une enquête a été ouverte contre la compagnie aérienne Kogalymavia.

Airbus a précisé qu'il s'agissait du modèle A321-200, construit en 1997 et qu'il était exploité par Metrojet depuis 2012. Il avait accumulé 56 000 heures de vol. Plus de 1100 exemplaires A321 sont en service. L'accident de samedi est le second pour cette variante de l'A320, selon la Fondation pour la sécurité aérienne.

Enquête ouverte 

Le comité d'enquête, chargé des principales investigations en Russie, a annoncé l'ouverture d'une enquête et l'envoi d'une équipe d'enquêteurs sur place. La compagnie russe Kogalymavia devra répondre de «violation des règles de vol avec préméditation», ont rapporté samedi plusieurs agences de presse russes.