La Syrie est dans l’impasse; la traduction anglaise du terme rend encore plus crûment compte de la situation: dead end . Dix mois après le début de l’insurrection populaire à Deraa, le 15 mars 2011, le constat s’impose dans toute son inexorabilité. Le pays de Bachar el-Assad a déjà commencé à basculer dans la guerre, et les habitants de Damas tremblent à mesure que les canonnades se rapprochent de la capitale.

Sur le papier, deux options continuent d’exister, susceptibles de constituer une ébauche, même très incertaine, de règlement. Mais pas plus l’une que l’autre n’apparaissent viables dans un futur palpable. La première, la voie d’une résolution du Conseil de sécurité, qui doit dès ce mardi se pencher sur le plan de sortie de crise promu par le Maroc au nom de la Ligue arabe, est barrée par la certitude d’un nouveau niet russe. Ce texte, qui s’inspire de la transition amorcée au Yémen, préconise un transfert des pouvoirs de Bachar el-Assad au vice-président, Farouk al-Chareh, avant la mise sur pied d’un gouvernement d’union nationale puis l’organisation d’élections. Il sera défendu devant le Conseil de sécurité par le secrétaire général de la Ligue arabe en personne. Paris, Londres, Berlin (membre non permanent) et, probablemen Washington ont beau vouloir peser de tout leur poids en dépêchant leurs ministres des Affaires étrangères à New York, Moscou a réitéré hier son opposition à ce texte «inacceptable».

Soucieuse de ménager son précieux partenaire géostratégique syrien, mais acculée par le pourrissement de la situation, la Russie a esquissé lundi ce qui pourrait constituer une piste alternative de solution, en offrant d’abriter des discussions «informelles» entre Damas et l’opposition au régime alaouite. Si les autorités syriennes sont prêtes à entamer le dialogue, d’après Moscou, les différentes fédérations de l’opposition ont opposé une fin de non-recevoir à tout pourparler qui ne serait pas précédé de la démission de Bachar el-Assad.

Aujourd’hui comme hier, aucun déploiement d’énergie sur la scène diplomatique mondiale ne semble en mesure de stopper l’engrenage infernal. C’est donc très probablement entre Syriens, et Syriens seuls, que devront se régler les querelles. Le caractère irréconciliable des positions laisse augurer du pire: un combat à mort entre des forces loyalistes dénuées de scrupules et l’insurrection armée chaque jour plus robuste et déterminée, jusqu’à ce que le plus fort finisse par l’emporter. ö Page 3