Tableau noir

Plus de trente ans après Les Petites Fugues, dont le succès semble l'avoir paralysé et poussé vers l'enseignement, Yves Yersin signe un nouveau film. Enfoncés, Jodorowski, Malick et autres Bertolucci! L'attente en valait-elle la peine? S'il s'agit d'asseoir la réputation d'un grand du 7e art, sans doute pas. Mais s'il s'agit de redécouvrir un petit talent qui a manqué au cinéma romand, alors oui. Inspiré ou non par le succès phénoménal d'Etre et Avoir de Nicolas Philibert (2002), le Vaudois a eu un coup de foudre pour une petite école primaire à classe unique de la montagne neuchâteloise. Pourtant, du début du tournage en 2005 jusqu'au Festival de Locarno 2013, rien n'aura été simple. A commencer par une annonce de fermeture imprévue de l'école et une remise en cause de son maître, pour sévérité déplacée. Mais le résultat à l'écran fait fi de tous ces aléas. On découvre ainsi un charmant documentaire «de captation», atemporel et universel, qui gagne soudain en urgence grâce à cet enjeu dramatique. L'image idyllique de ces enfants de 6-12 ans en pleine nature qui ont droit à un enseignement quasi personnalisé s'assombrit peu à peu, sans jamais sombrer dans le pathos. Mais la caméra portée et le montage elliptique se contentent de suggérer, sans enfoncer le clou de la nostalgie. Quant à l'éparpillement de la classe, justifié dans une logique de rationalisation, il est clairement dans l'air du temps... Aussi loin de la perfection formelle d'Etre et Avoir que de l'insignifiance des Enfants de la montage (Die Kinder vom Napf, Alice Schmid, 2011), Tableau noir est un beau film qui peut très bien s'apprécier en famille, sans pour autant céder au passéisme ni à l'optimisme béat.

Photo©Filmcoopi

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