Ici, ça cause français. Là? Aussi. A gauche, des drapeaux tricolores. A droite: un maillot flanqué du numéro 10 de Zinédine Zidane. Oh, bien sûr, il y a quelques bannières japonaises, brésiliennes, ou d’ail­leurs encore. Mais il y a surtout devant, derrière, en haut, en bas, partout, la France.

Le 1er août, on avait quitté l’ExCeL Centre, gigantesque complexe évoquant un hall de gare très impersonnel, sur un amer sentiment de fête nationale inachevée. C’est ici que les épéistes suisses Max Heinzer et Fabian Kauter avaient échoué en huitièmes de finale.

«Je vais être méchant»

On a retrouvé vendredi le même hangar coloré, bleu-blanc-rouge, vivant, chantant, parcouru de marées humaines presque entièrement dévouées à la cause de Teddy Riner. Même la médaillée de bronze britannique Karina Bryant n’a pas connu le même succès à l’applaudimètre. Peu après 16 h 30, les chants de gloire sont nés. «Qui ne saute pas n’est pas Français», scandent les tribunes bondissantes, avant que ne résonne la Marseillaise.

«Si j’arrête l’entraînement pendant quelques semaines, je me fais croquer comme un bonbon», avait confié Teddy Riner dans les colonnes du Monde. Vendredi, pourtant, l’arrivée matinale assèche déjà la moindre goutte de suspense. C’est que le bonhomme est le premier judoka quintuple champion du monde – titres glanés de 2007 à 2011. Il n’a en outre concédé qu’une seule défaite en 68 combats depuis qu’il s’est habillé de la médaille de bronze en 2008 à Pékin; c’était en septembre 2010, à Tokyo, contre le Japonais Daïki Kamikawa.

«Pour arracher l’or, je vais vraiment être méchant, promettait-il dans le même entretien. Quand j’aurai cette médaille, une page de ma vie sera tournée. Ce sera le chapitre final d’un grand commencement, parce que je suis jeune et que j’aurai tout gagné.» A 23 ans, le voilà vainqueur du Russe Alexander Mikhaylin, paré de l’or olympique, émolument d’un travail sans relâche, d’un sérieux sans pareil. A Londres, jamais le doute n’a plané: ou ses adversaires ont refusé le combat, ou ils n’ont pas vraiment tenté quoi que ce soit.

«Quand je suis sur un tatami, c’est la guerre, avait encore dit Teddy Riner dans Le Monde, évoquant même les sessions d’entraînement. J’en vois beaucoup qui se ménagent parce qu’ils sont dans un esprit copain-copain. Ça ne se passe pas comme ça avec moi parce que c’est le meilleur moyen pour ré­gresser.» Aussi a-t-il avancé, est-il devenu grand, une personnalité incontournable même dans l’Hexagone.

Il faut lever les yeux pour contempler l’extrémité de ses 204 centimètres, et bien toiser ses 131 kilos. Il faut baisser les yeux pour jauger ses grands panards, pointure 49,5. L’intérêt médiatique a permis de savoir qu’il ronfle, qu’il a pleuré au cinéma devant Les Petits Mouchoirs, film interrogeant les relations d’un groupe d’amis mis à l’épreuve du mensonge; qu’il adore les crêpes au Nutella, les films romantiques, et connaît par cœur Sissi Impératrice; qu’il déteste les araignées et les serpents; qu’il loge encore chez ses parents, où il débarrasse la table comme ses frères et sœurs; que c’est sa maman qui assure la lessive de ses kimonos. Bref, on sait presque tout de lui.

En sciences politiques

Ado, sa grandeur lui a joué des tours. Il mesurait déjà 1,89 mètre à l’âge de 14 ans, et il lui est arrivé que des potes refusent de jouer avec lui. Aujourd’hui, le «gros bébé» de la famille est devenu champion olympique. Sûrement pas de quoi perdre la foi chrétienne qui lui a été forgée petit, lorsqu’il était enfant de chœur. Et maintenant? Il pense se consacrer à d’autres projets: il a notamment reçu des propositions de réalisateurs, suivi des cours d’histoire et d’analyse des médias, et s’est inscrit à des études de sciences politiques. Il fixe toutefois un rendez-vous immanquable: «Le Brésil, les Jeux de Rio en 2016.»