La tête de la SSR demeure romande

Médias Raymond Loretan présidera le conseil d’administration

Il dit vouloir mieux promouvoir le diffuseur

Fumée blanche au-dessus de la tour SSR, sur Giacomettistrasse, à Berne. Jeudi, l’assemblée des délégués du géant de l’audiovisuel public a désigné Raymond Loretan à la tête du conseil d’administration. Le Genevois d’origine valaisanne, naguère ambassadeur, au­jour­d’hui consultant et président des cliniques Genolier, l’a emporté devant Viktor Baumeler, ancien chancelier lucernois et représentant des sociétés régionales alémaniques de la SSR. Il entrera en fonction le 1er janvier.

Fumée blanche, car la procédure tient un peu du conclave de cardinaux. Au reste, les deux candidats étaient PDC, ce qui a au moins épargné aux électeurs une querelle de partis.

C’est la première fois que les délégués de la SSR désignaient un nouveau président, auparavant nommé par le Conseil fédéral. Raymond Loretan avait été choisi par le conseil d’administration, avec les recommandations d’un chasseur de têtes mandaté pour l’occasion.

Un temps, la campagne a pris le visage d’une confrontation entre Alémaniques et Romands. La présidence du conseil de la SSR est en mains latines depuis 47 ans: outre-Sarine, l’idée s’est imposée que le temps de l’alternance était venu. D’autant que le directeur général de la SSR, Roger de Weck, est, dans ce cas, considéré comme Romand. L’assemblée des délégués compte 41 votants – un membre était absent ce jeudi –, répartis entre 18 germanophones, 18 Latins, ainsi que cinq autres membres du conseil d’administration, dont les quatre représentants régionaux font d’emblée partie. Jean-Bernard Münch, le président actuel, indique que le scrutin a été serré: trois tours, dont deux à égalité, 20 voix pour chacun. Au final, 21 voix contre 19. Jean-Bernard Münch précise que «certains Alémaniques n’ont pas suivi la consigne de vote en faveur de Viktor Baumeler», ce qui relativise à ses yeux le choc culturel. En fin de course, les différences de vues ont davantage porté sur les deux cultures; l’entrepreneuriale, que porterait Raymond Loretan, et l’«organisation institutionnelle», c’est-à-dire la fibre associative, régionaliste et fédéraliste typique de la SSR, qu’incarnerait Viktor Baumeler. En revanche, le fait que le président du conseil vienne de l’extérieur est une habitude chez le diffuseur public.

Pour reprendre les termes de Jean-Bernard Münch, son successeur arrive à un moment «où se discutent âprement le périmètre du service public, la redevance, les services en ligne…» Sans entrer dans les détails de ses intentions, Raymond Loretan met en avant sa «volonté de communiquer; mieux vendre la SSR, la rendre plus populaire, notamment auprès des jeunes, qui ont de la peine à comprendre la raison d’être d’un service public, et plus encore pourquoi il est payant». Dans ses brefs premiers propos, la jeunesse revient souvent chez ce père de trois enfants, impressionné par la génération web. Une publicitaire zurichoise de 33 ans entre d’ailleurs au conseil d’administration.

Au demeurant, le nouveau président met en avant «la défense du service public au moment où il est remis en cause», la redéfinition de l’offre des diffuseurs SSR, ainsi que les finances, «la nécessité de persévérer dans la restructuration».

Il ne s’avance pas à ce stade sur le conflit qui oppose les éditeurs à la SSR à propos de la publicité sur les sites des chaînes publiques. La parole bientôt déliée, Jean-Bernard Münch s’en charge: «Nous avons tendu la main, nous recevons une déclaration de guerre.» Autant dire que les discussions sont au point mort.

Raymond Loretan chamboulera-t-il la maison de la rue Giacometti, et ses multiples filiales? Sans surprise, il commence par dire son attachement à l’organisation institutionnelle, aux particularités – à la complexité extrême, peut-on aussi dire – de l’édifice public, lequel comprend sept chaînes de TV et 18 radios.

Une réforme de l’entreprise lancée il y a quelques années, avant les nouveaux acteurs, a renforcé le pouvoir du conseil et de la direction générale. Dans les faits, le succès de cette centralisation reposera sans doute beaucoup sur la dynamique qui s’installera avec le tandem Loretan-de Weck. Le président sortant assure à ce propos d’une «complémentarité optimale» entre les deux hommes.

De toute évidence, le nouveau président doit sa place à ses diverses vies – en politique, dans le secteur privé, en diplomatie; et, de ce fait, aux réseaux qu’il a pu tisser depuis chacune de ses positions.

Au moment où, même s’il conserve de solides soutiens au parlement, le service public est mis sous pression de toutes parts, l’ancien diplomate ne cache pas sa volonté de renforcer les appuis politiques, entre autres, de la SSR. Roger de Weck ne disait pas autre chose récemment au Temps ( LT du 02.09.2011 ), lorsqu’il assumait son choix d’accroître le lobbying du géant audiovisuel sous la Coupole. La fumée blanche dissipée, les nouveaux dirigeants de la SSR font flotter comme un air de contre-attaque.

«Les jeunes ont de la peine à comprendre la raison d’être d’un service public, et pourquoi il est payant»