En 1958, Margaret (Amy Adams) s'adonne à la peinture sans autre ambition que de mettre un peu de beurre dans les épinards, lorsqu'elle rencontre Walter Keane (Christoph Waltz). Désireux de grimper dans l'échelle sociale, cet agent immobilier voit le potentiel des tableaux de Margaret. Il l'épouse, l'envoûte et prend sa carrière en main. Les enfants aux yeux immenses qu'elle dessine touchent le public et se vendent comme des petits pains. Margaret produit à la chaîne mais ne profite pas de la gloire: au prétexte que les gens n'achètent pas des œuvres d'art produites par des femmes, il s'attribue la paternité des marmousets aux regards hypertrophiés. Le couple finit par divorcer et Margaret intente un procès à son ex-partenaire pour recouvrer ses droits d'auteur.

Fan depuis toujours de l'œuvre indéniablement mièvre de Margaret, le très gothique Tim Burton porte cette histoire à l'écran. Depuis quelques années, le réalisateur de Mars Attacks! enregistre des succès commerciaux (Charlie et la chocolaterie, Alice au pays des merveilles) inversement proportionnels à la qualité artistique des films. Parce qu'il revient avec Big Eyes à un récit plus ancré dans la réalité que les fantaisies et musicals de ces dernières années, on espère qu'il retrouve la grâce de Big Fish. Et, en prenant la défense d'une artiste vilipendée par la critique, il se place du côté des humbles et des ratés contre l'intelligentsia. Une posture qui lui a inspiré Ed Wood, une de ses plus grandes réussites. Aux Etats-Unis, l'accueil du public et de la critique a toutefois été plutôt réservé.