Le décès de Cathy Sarraï, la Super Nanny de M6, cette semaine à la suite d’un cancer des poumons à l’âge de 47 ans, n’en finit pas de susciter les réactions sur le web. Les blogs résonnent de ses conseils, les sites familiaux reproduisent des extraits vidéo de ses interventions et trois jours après sa disparition, l’annonce de sa mort, quelques brèves lignes froides même pas réécrites des agences de presse, est encore en tête des articles les plus lus sur les sites des journaux les plus sérieux.

C’est le «parler vrai» de cette nurse professionnelle, qui était diplômée de puéricultrice et psychologue pour enfants, qui semble avoir séduit des centaines de milliers de familles partout où l’émission, la version française d’une émission britannique, était diffusée. En 2005, le programme frôlait les 5 millions de téléspectateurs rien qu’en France. En février 2009, alors qu’on parlait d’usure de l’émission, Super Nanny réunissait encore 2,4 millions de téléspectateurs. Son humour, sa façon de remettre au pas des familles bancales et débordées, et les valeurs qu’elle défendait dans sa pratique ont manifestement trouvé un écho très fort.

«Quelle terrible tragédie! Grâce à Super Nanny, j’ai moi-même pu renouer le dialogue avec mes trois enfants alors que je croyais la chose impossible». Que disait Super Nanny, pour que les téléspectateurs d’abord puis les internautes fassent d’elle une telle boussole dans la tempête de la vie des familles aujourd’hui? Qu’il n’est pas interdit d’interdire. Que les familles ne sont pas des démocraties. Que les enfants ne sont pas le centre de la société, qu’ils ont des droits certes mais aussi des devoirs, pas seulement pour l’école.

Face aux petites filles capricieuses, petits garçons insolents, et autres enfants rebelles, face surtout à leurs parents impuissants mais conscients des dysfonctionnements autour d’eux, Super Nanny jouait les grandes sœurs autoritaires, et auscultait les familles, impudiques dans l’étalage de leurs problèmes, avant de donner son diagnostic, et souvent d’aboutir. Instauration de règles de vie pour la famille, rappel des principes de base d’une vie commune harmonieuse, un grand pragmatisme présidait à tous ses conseils, avec le sourire.

Pas de culpabilisation, pas d’analyse non plus, mais une méthode familiale qui se présentait comme éprouvée, des recettes de vie au quotidien. Super Nanny avait elle-même trois enfants. «Je viens de perdre mon meilleur exemple pour expliquer aux gamins qu’un enfant-roi n’est pas nécessairement un enfant heureux» dit cet autre internaute. Bref Super Nanny personnifiait le retour d’une certaine tradition familiale, peut-être moins mise à mal par les bouleversements de mai 68 que par les failles de sociétés transformées par l’autonomisation des femmes, la consommation et le chômage. Plus que les enfants, c’était les parents qu’elle rééduquait. Son émission était aussi l’occasion pour les téléspectateurs de se rassurer sur leur propre sort en contemplant les malheurs des autres. L’enfer, c’est toujours les autres.

M6 aura du mal à trouver une remplaçante à Cathy Sarraï, mais la chaîne a encore en réserve des épisodes qui n’ont jamais été diffusés. La mort prématurée de l’animatrice pourrait bien renforcer son côté «iconique», comme il est devenu coutume de dire. Dans les concerts de louanges à son égard, peu de voix en effet rappellent qu’en matière d’éducation, chaque famille est, avant tout, une histoire particulière.