Médias

Toujours concentré sur le numérique, Axel Springer affiche de modestes ambitions pour 2016

L'éditeur du tabloïd allemand Bild et propriétaire de SeLoger en France, estime sa que sa stratégie numérique est payante

Axel Springer, éditeur du tabloïd allemand Bild et propriétaire de SeLoger en France, a confirmé avec une solide progression de ses résultats en 2015 que sa stratégie de numérisation était payante et émis des prévisions timides pour 2016.

«Vous connaissez notre stratégie: devenir l'éditeur numérique le plus important. Et sur cette voie, 2015 a été une bonne et importante année», s'est réjoui d'entrée de jeu, Mathias Döpfner, patron d'Axel Springer, lors d'une conférence de presse.

Toujours aux mains de la veuve de son fondateur, le groupe éponyme, qui s'est beaucoup désengagé de la presse papier pour se concentrer sur ses publications phares Bild et Die Welt, récolte les fruits de son virage dans le numérique, entamé relativement tôt par rapport à ses concurrents.

Réunis en une joint-venture pour la Suisse, Ringier et Axel Springer sont notamment propriétaires du «Temps» et de «L'Hebdo».

Un bond de 29% du bénéfice net

En 2015, cela s'est traduit par un bond de 29% de son bénéfice net à 304,6 millions d'euros, alimenté en partie par des effets financiers exceptionnels (sans eux, la croissance du bénéfice se limite à 11%). Le chiffre d'affaires a augmenté de 8,5% à 3,3 milliards d'euros et l'excédent brut d'exploitation Ebitda, hors éléments exceptionnels, de 10,2% à 559 millions d'euros.

Le groupe basé à Berlin a fortement développé les sites internet de ses journaux, dont le nombre d'abonnements payants a augmenté de 26% l'an dernier. Il a aussi racheté beaucoup de sites de presse en ligne, (Business Insider par exemple) et de petites annonces (SeLoger en France), a généré en 2015 près des deux tiers de ses revenus dans le numérique et 70% de son résultat brut d'exploitation. Internet est aussi désormais la source de 80% de ses revenus publicitaires.

Persuadé de longue date qu'internet est le seul salut des médias, mais aussi qu'un journalisme en ligne de qualité ne peut pas être gratuit, Axel Springer propose deux alternatives: soit des articles en libre accès, mais avec la présence de publicités sur la page, soit une lecture payante sans publicité.

Conformément à cette logique, le site de Bild bloque son accès aux internautes ayant installé un logiciel bloqueur de pubs sur leur ordinateur, leur demandant soit de désactiver le logiciel soit de prendre un abonnement. "La réaction a été plus importante que ce à quoi nous nous attendions", avec 80% des logiciels anti-pub désactivés, a commenté M. Döpfner.

Pas de changement de stratégie

Axel Springer, propriétaire aussi de AuFéminin en France et de la chaîne d'informations en continu allemande N24, ne compte pas changer sa stratégie d'un iota en 2016.

«Nous voyons un potentiel considérable de croissance à long terme de la valeur de nos activités numériques et nous allons nous concentrer en 2016 sur le développement des investissements faits ces derniers», a résumé le patron du groupe, en poste depuis 2002 et dont le contrat vient d'être prolongé de cinq ans.

Jugées «prudentes» par Harald Heider, analyste de DZ Bank, mais «solides» par Mark Josefson, de chez Equinet, les prévisions pour l'année 2016 apparaissent relativement timides, avec une hausse prévue du chiffre d'affaires de moins de 5%. La hausse des revenus publicitaires devrait toutefois plus que compenser la baisse des ventes de journaux.

L'Ebitda devrait enregistrer un taux de progression pouvant aller jusqu'à 5% et le bénéfice net ajusté par action une hausse de 5% à 10%, contre une croissance de 10,4% en 2015.

Si, au vu du déroulé des deux premiers mois de 2016, le directeur financier, Julian Deutz, s'est dit "très confiant" d'atteindre les objectifs fixés, les performances financières d'Axel Springer et les perspectives laissaient de marbre les investisseurs. A 9h suisse, l'action du groupe cédait un petit 0,28% à 47,45 euros à Francfort.

Focalisé sur ses investissements, pour beaucoup tournés désormais vers l'international et les marchés anglo-saxons, Axel Springer maintient son dividende stable à 1,80 euro par action.

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