L'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne fête cet automne le 50e anniversaire de son accession au statut fédéral. Elle propose une série d'articles sur ses différentes facettes.

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Des chercheurs de haut rang, des idées entrepreneuriales à foison, l’exemple – déjà – de la Silicon Valley: nous sommes à la fin des années 1980, dans un Ouest lausannois qui venait seulement de voir pousser la «première étape» du campus de l’EPFL.

L’institution compte alors quelque 150 professeurs et 3500 étudiants. Son président, Bernard Vittoz, estime que les travaux réalisés dans les laboratoires doivent aussi pouvoir se décliner sous forme d’entreprises (on ne parle pas encore de «start-up»). Cette volonté se concrétisera par la construction, dès 1992, du tout premier bâtiment du Parc Scientifique d’Ecublens. Un immeuble de 4 étages, en marge du campus de l’Ecole, doté de tous ce dont les jeunes entrepreneurs ont besoin pour démarrer leurs activités: ateliers, bureaux, connectivité, services en commun. L’endroit a depuis été baptisé du nom de Bernard Vittoz. Le succès est immédiat. Un deuxième bâtiment est érigé cinq ans plus tard, suivi d’un troisième en 2000.

Vingt-six grandes entreprises

Aujourd’hui, ce ne sont pas moins de 14 bâtiments qui forment l’«EPFL Innovation Park». Onze immeubles ont été réalisés simultanément, à partir de 2009. Ils ne témoignent pas seulement du dynamisme entrepreneurial des membres de l’EPFL, mais également d’un changement de paradigme: à partir de cette extension, le Parc scientifique de l’EPFL n’accueille plus seulement de nouvelles sociétés technologiques. Sous l’impulsion de Patrick Aebischer, il s’ouvre aussi aux grandes entreprises désireuses d’installer des unités de recherche et développement à proximité immédiate des laboratoires. Le Quartier de l’innovation affiche complet – mais avec un turnover dynamique qui permet de satisfaire la plupart des intéressés. Vingt-six grandes entreprises ont ainsi établi une unité sur le campus. De Logitech – qui occupe un bâtiment entier, le Daniel Borel Innovation Center – à Crédit Suisse, Bühler ou Axa.

Nestlé, de son côté, y a installé son «Institute of Health Sciences» (NIHS), un centre dédié à la recherche fondamentale sur les thèmes de la santé, de la nutrition et du vieillissement. L’entreprise souligne l’intérêt de pouvoir échanger quotidiennement avec des chercheurs de l’EPFL, évoquant plusieurs projets allant du développement de nouvelles technologies d’emballage aux neurosciences ou à la nutrition personnalisée. Capitalisant sur cette proximité, de nombreux projets initiés par l’Ecole ou dont elle est partenaire ont également vu le jour, comme la Future Food Initiative, ou le Food and Nutrition Center de l’EPFL, dont Nestlé est l’un des partenaires. D’un point de vue académique, l’Ecole s’y retrouve également: en plus de bénéficier de deux chaires sponsorisées, plusieurs chercheurs de la multinationale interviennent régulièrement dans des cours. Inversement, le NIHS accueille des étudiants dans le cadre de leur doctorat.

La «confiance numérique» au cœur des échanges

Dans un autre registre, la présence de la société informatique ELCA à l’EPFL Innovation Park se traduit elle aussi par des collaborations concrètes. De par la présence de son «Innovation Lab» à l’EPFL, ELCA est naturellement proche des travaux de la Faculté informatique et communications – qui lui fournit, du reste, bon nombre de futurs collaborateurs. Ce n’est donc pas un hasard si la société fait partie des membres fondateurs du Center for Digital Trust (C4DT), lancé à l’initiative de l’EPFL et dédié à toutes les technologies destinées à renforcer la «confiance numérique» entre les utilisateurs et les prestataires de service. ELCA y figure aux côtés d’entreprises telles que Swisscom, Cisco, Swissquote, Swiss Re ou Nagra Kudelski, entre autres, et d’institutions comme le CHUV ou le Comité international de la Croix-Rouge.

Pépinière d’entreprises et accélérateur de progrès, l’EPFL Innovation Park témoigne de la bonne santé de l’écosystème qui s’est mis en place autour de l’Ecole au fil des ans, et qui lui a valu d’atteindre le 3è rang européen (12è rang mondial) des universités les plus innovatrices d’Europe, selon Reuters. En parallèle, de multiples inventions ou avancées sont nées dans ou autour des labos. La liste ci-dessous, loin d’être exhaustive, en donne un aperçu.


Un florilège d’innovations nées ou développées à l’EPFL

La souris informatique

Développée à l’EPFL, la souris suisse (en concurrence avec un modèle de Stanford) s’est imposée grâce à son design ergonomique. Cette invention a mené à la création de la société Logitech par Daniel Borel.

Le Robot Delta

Le Laboratoire de systèmes robotiques de l’EPFL a inventé en 1985 l’un des premiers robots parallèles, imbattables pour l’emballage industriel. Il est utilisé dans l’industrie de l’alimentation, de la pharmacie ou encore en médecine.

Les cellules solaires Grätzel

En 1988, Michael Grätzel développe à l’EPFL une cellule solaire inspirée du processus de photosynthèse. Leur principe se décline désormais dans les cellules en persovskites.

Swissquote

Fondée par deux alumni de l’EPFL en 1997, la plus grande banque en ligne de Suisse compte aujourd’hui 600 employés et a réalisé un chiffre d’affaires record de 214 millions de francs en 2018.

Solar Impulse

L’EPFL a collaboré à la réalisation de l’avion solaire Solar Impulse, qui a réussi en 2016 le premier tour du monde à l’énergie solaire.

Nexthink

Fondée en 2004, la spin-off de l’EPFL est leader dans l’analyse automatique des parcs informatiques d’entreprises en temps réel grâce à l’intelligence artificielle.

Alinghi

En 2003 et 2007, des scientifiques de l’EPFL ont construit les bateaux de course Alinghi pour la Société Nautique de Genève, financée par Ernesto Bertarelli. C’est la première fois qu’un pays sans accès à la mer remportait la Coupe de l’America.

Clip-Air

Un avion modulaire: équipé d’unités de charge détachables, cet engin imaginé à l’EPFL permet d’ajuster au mieux la capacité en fonction de la demande.

Le Blue Brain Project

Son objectif est de construire un cerveau de souris virtuel afin de faire avancer la recherche.

Lake Diamond

Spécialisée dans la fabrication et le traitement de diamants synthétiques depuis 2010, la start-up a aussi développé une technologie qui permet de recharger les drones en vol.

Le satellite nettoyeur

Développé à l’EPFL, le projet CleanSpace One a pour but de nettoyer les débris de l’espace et les satellites hors d’usage.

Time Machine

La «machine à remonter le temps» de l’EPFL vise à exploiter le vaste héritage culturel des villes du continent grâce au Big Data.

Flyability

La spin-off de l’EPFL imagine depuis 2014 des drones sans danger pour le public, et capables d’atteindre les zones plus inaccessibles en milieu difficile, que ce soit après une catastrophe naturelle ou un incendie.

GTX Medical

Lancée en 2014, la start-up fondée par Grégoire Courtine de l’EPFL et Jocelyne Bloch du CHUV applique les travaux de recherche visant à réhabiliter les paraplégiques pour les mettre à disposition des hôpitaux et des cliniques dans le monde.

Bestmile

Fondée en 2014 et spécialisée dans la gestion des flottes de véhicules autonomes, la start-up de l’EPFL équipe notamment les navettes de la ville de Sion depuis 2016.

Lunaphore Technologies

Active dans le medtech, la spin-off de l’EPFL a développé depuis 2014 une technologie de puce microfluidique pour le diagnostic des tissus, principalement pour l’analyse des tumeurs.