Il traque le gaspillage énergétique

Efficacité Pierre Chuard se bat pour réduire la consommation des habitations

Il vise jusqu’à 70% d’économies

«Il faudra la même révolution qu’a connue l’informatique pour que les énergies renouvelables – notamment le photovoltaïque – prennent réellement leur essor», estime Pierre Chuard, un ingénieur-conseil considéré comme l’un des pionniers en Suisse en matière d’efficacité énergétique. «L’informatique s’est démocratisée grâce à l’arrivée des PC, de Microsoft ou Apple. La politique énergétique doit trouver son nouveau modèle politique et économique.»

Avec les événements de la centrale nucléaire de Fukushima, la question est de savoir si les énergies renouvelables pourront remplacer l’atome qui représente près de 40% de la production d’électricité en Suisse. Pour Pierre Chuard, entrepreneur et professeur à l’EPFL, un changement de paradigme est indispensable. Parmi les premières mesures envisagées, il estime qu’il faudra notamment décentraliser le réseau électrique et permettre à chaque ménage de gérer sa propre consommation. «Il s’agira de revoir le système d’encouragement à la production des énergies renouvelables domestiques par un déplafonnement du montant annuel de la rétribution à prix coûtant du courant injecté.»

Priorité des priorités, Pierre Chuard préconise une optimisation énergétique des bâtiments. Ce secteur représente le plus grand consommateur d’énergie fossile de Suisse (45% de la consommation) et est ainsi un grand émetteur de CO2.

Créé en 1977, Sorane a vu le jour au moment de la grande flambée du solaire. «Jimmy Carter voulait s’affranchir du pétrole en l’an 2000», rappelle cet homme de 67 ans, passionné et discret. «A partir de 1982, suite à la chute des prix du pétrole, plus grand-chose n’a été fait en matière d’énergie renouvelable à grande échelle. Seule l’isolation des bâtiments a continuellement progressé.»

En matière d’amélioration thermique des immeubles, l’approche est très traditionnelle depuis des décennies et passe par un assainissement de l’enveloppe. «Le remplacement des fenêtres diminue la demande de chaleur mais n’a pas d’influence sur l’efficacité énergétique du système de chauffage, constate l’ingénieur. Au contraire. Il y a souvent un effet rebond. Les locataires ouvrent les fenêtres car ils ont trop chaud.»

La société qu’il a créée avec son frère, l’architecte Dominique Chuard et le bureau d’ingénieurs P. Chuard Holding, compte actuellement près de soixante personnes et réalise un chiffre d’affaires de 9 millions de francs. Le cœur du métier de Sorane: la rationalisation énergétique des bâtiments.

L’ingénieur prône l’optimisation à grande échelle des installations afin d’économiser jusqu’à 15% d’énergie au minimum. A cet effet, en l’an 2000 il a participé à l’association Energho qui regroupe des propriétaires de grands bâtiments. Un protocole d’analyse a été mis en place, une sorte de mode d’emploi pour améliorer la consommation énergétique des habitations grâce à des gestes tout simples et sans procéder à des investissements importants: changement des appareils en fin de vie pour des plus performants, passage au solaire thermique, arrêt de la ventilation dans les garages collectifs la nuit, éviter d’actionner toutes les chaudières à la mi-saison. «Le raccordement des appareils de lavage du linge et de la vaisselle sur l’eau chaude sanitaire leur permet d’économiser 60% d’électricité», souligne-t-il.

Et de donner l’exemple d’un bâtiment à Chavannes-près-Renens où un système à air chaud était installé pour sécher le linge. «Nous avons conseillé de remplacer ce système à air chaud par un tumbler couplé à une pompe à chaleur, ce qui a permis d’économiser 20% d’énergie», souligne Pierre Chuard.

Energho compte actuellement 600 membres. Plusieurs hôpitaux, bâtiments privés et publics suivent les conseils de l’association. «Depuis quinze ans, le CHUV économise 1,5 million de francs par année grâce à nos conseils», précise l’ingénieur. La Ville de Zurich a mandaté l’association pour revoir la consommation d’énergie de toutes ses écoles, hôpitaux et bâtiments administratifs. Au total, une économie de la consommation énergétique de près de 15%. A Genève, 500 bâtiments suivent également les directives d’Energho.

Afin de compenser les 750 000 tonnes d’émissions de sa centrale à gaz de Chavalon, EOS devait trouver une solution. L’entreprise a mandaté Energho ainsi qu’Infrawatt, une entreprise spécialisée dans les infrastructures énergétiques. «Notre intervention sur 1000 bâtiments chaque année permettra de compenser Chavalon», explique Pierre Chuard, qui aimerait aller plus loin dans son combat énergétique. «Il est facile d’économiser jusqu’à 70% d’énergie fossile dans un immeuble. Le potentiel de récupération par pompe à chaleur sur l’air évacué et sur les eaux usées, qui sortent respectivement à 22 et 24 degrés, permettrait de couvrir une grande partie des besoins de chaleur du bâtiment, explique-t-il. L’augmentation de la consommation électrique pourrait être compensée relativement facilement par une optimisation des appareils électriques et par l’installation de cellules photovoltaïques.»