Les derniers soubresauts des bourses montrent la profondeur de la crise actuelle. Mais également son caractère inédit: jamais les banquiers n'avaient imaginé une crise immobilière généralisée à l'ensemble des Etats-Unis et jamais ils n'avaient envisagé que les échanges interbancaires s'arrêteraient. Beat Kappeler, économiste et chroniqueur au «Temps»,Cédric Tille, professeur à HEID, ancien économiste à la Réserve fédérale de New York, et Gilles Corbel, responsable des produits structurés de la Banque Cantonale Vaudoise, se livrent à un examen rétrospectif de la crise.

Les trois économistes sont d'accord sur les causes: les risques ont été ignorés, transmis à d'autres et finalement comptabilisés dans les comptes de quelques grands acteurs. Il n'y a aucun cynisme dans ce processus, mais un aveuglement mutuel. Les premiers signes d'une bulle immobilière dataient de 2002 déjà, mais rares ont été ceux qui acceptaient le prix d'une intervention (récession?). Et pourquoi s'inquiéter? Les risques semblaient circonscrits. En réalité, ce que mesuraient les acteurs était un trompe-l'œil car aucun acteur n'avait une vue d'ensemble. Les remèdes? Ici, les économistes sont moins unanimes et il faut le dire très prudents: il n'est pas simple de réguler le système financier, le plus «surveillé» de tous les secteurs. Et beaucoup de lois ont eu pour effet d'encourager les acteurs à sortir des systèmes bancaires régulés. Ils sont en revanche unanimes pour que l'Etat exerce une régulation ferme et fasse payer ses interventions à un prix qui dissuade les attitudes grégaires.

Enfin, ils considèrent que les plus graves conséquences de la crise peuvent encore être limitées.