Le Temps: Quel est votre rapport à l'écriture, vous qui dessinez beaucoup?

Christian Lacroix: Enfant, je prenais plaisir à faire des lignes pour rien, à recopier des textes, juste pour le plaisir déjà assez sensuel de tracer des mots, particulièrement ceux riches en «m», «n» et «u»... A l'époque, on écrivait avec un porte-plume, avec des pleins et des déliés, de l'encre violette très voluptueuse. Cela ne m'a jamais quitté. Tellement qu'à l'usage - je devrais dire à l'«usure» - ma calligraphie personnelle s'est simplifiée de plus en plus, devenant abstraite et apparemment même illisible pour certains. C'est ma gymnastique à moi, comme les gammes quotidiennes pourun musicien. J'aurais pu être écrivain public, moine enlumineur ou calligraphe.

- Pour quelles occasions vous saisissez-vous de la plume?

- Je ne fais jamais de mots de félicitations, de remerciement ou de condoléances par e-mail. Toujours à la main, comme la foultitude de cartes postales que je continue à écrire chaque année. Idem pour les vœux de fin d'année pour lesquels par ailleurs je commande des photos spéciales ou des œuvres à des plasticiens. Encore pour 2009 en tout cas...

- L'écriture manuscrite est-elle un cadeau que l'on offre aux autres?

- Pour moi, l'écriture est un plaisir à partager, comme un regard, le toucher, la voix. D'autant plus aujourd'hui qu'elle semble disparaître et représenter un effort. Disons que l'écriture manuscrite est au téléphone ou à l'ordinateur ce que le dandysme est au casual wear ou au sportswear. J'espère que l'écriture manuelle demeurera comme un signe personnel et qu'elle sera redécouverte par les prochaines générations qui se lasseront peut-être des textos... C'est assez utopique, mais l'utopie fait vivre, non?