Sur nos démons quand le soleil (decrescendo grinçant). Annonce un brutal réveil (vibrato contrit). Les JO 2012 et la Suisse, pour l’instant, à l’astre Federer près et on ne remerciera jamais assez sa maman Lynette de ne pas l’avoir inscrit enfant dans un club de rugby en Afrique du Sud sa mère patrie, l’expédition confédérée à Londres car c’est de cela qu’on parle, avec un peu d’honnêteté, un brin de franchise et de courage aussi n’ayons pas peur des mots, la Suisse aux Jeux depuis une semaine, et on s’empresse de préciser qu’il n’y a pas de honte à être nul en sport quand on est très fort en médicaments, en avions solaires et en gardiennage de secrets à sept chiffres, Olympe et les Helvètes donc, ça n’est pas la grande idylle.

Avant que Roger le Sérénissime n’assure une première médaille en ce saint vendredi, qui peut-être se transformera en or dimanche, c’était du zéro pointé. Pointé du doigt dans l’œil des illusions qu’on avait bien voulu nourrir sur le compte des 102 athlètes envoyés outre-Manche pour nous astiquer la fibre patriotique. Un cauchemar. Jour après jour, tuiles et couleuvres. De belles histoires, mais si tristes, si dures.

«Notre» judokette valaisanne qui fond en larmes. «Notre» kayakiste bernois, un crack élevé aux caprices de l’Aar, qui ripe dans le torrent artificiel, ah lalalala, c’est une malédiction! Et cette Suisse qui régate pas à l’épée. Et cette Suisse qui s’escrime en aviron, ne touche pas en gymnastique, surnage en badminton, rame en natation et plonge à vélo. Tout pas comme il faut. Même «notre» fusée du cycle se viande dans la balustrade, en ce 1er août foiré sur l’air des lampions mouillés, jambon dans l’os à gogo et la sauce madère qui tourne au vinaigre…

A force, la flamme vacille. Les supporters souffrent, les commentateurs n’osent plus parler de cette médaille dont on ne caresse que le revers. Au fil des baffes, on tournait en rond à relire l’intégrale de Cioran – «Espérer, c’est démentir l’avenir», disait-il notamment, esprit brillant au service d’une idée sombre. Et puis Roger Federer qui surgit, splendide, rageur, génial; mais si seul sur le podium du sport helvétique. Qui d’autre une fois qu’il aura arrêté n’y pensons pas mon Dieu, faites qu’il n’arrête jamais. Comble de l’ironie, insulte à la tradition, pas un archer pour sauver le tableau. L’important c’est de participer, d’accord. Mais Citius, altius, fortius quand même et, de ce point de vue là, «notre» jeune footballeur a fait très fort sur l’échelle de la connerie.

Bon, il reste une semaine. En forme olympique, sans Roger. Comme Eole ne va pas nous pondre un perchiste de haut vol dans la nuit, la seule ambition, désormais, c’est d’arriver à en rire.