Le ministre tunisien des affaires étrangères, Taieb Baccouche, a été reçu mardi à Berne pour préparer la venue du président Béji Caid Essebsi, fin novembre, pour une visite d'Etat. Le ministre tunisien et son homologue Didier Burkhalter ont évoqué les fonds bloqués du président déchu en 2011 Zine el-Abidine Ben Ali ainsi que la coopération entre la Suisse et la Tunisie. L'attribution vendredi dernier du prix Nobel de la paix au Quartet pour le dialogue national tunisien a salué la transition démocratique réussie, mais comme a insisté Taieb Baccouche, la Tunisie a impérativement besoin du soutien de ses partenaires internationaux et notamment de la Suisse.

Le Temps: Etes-vous venu à Berne pour récupérer les fonds bloqués par le Ministère public de la Confédération?

Non, j'ai beaucoup d'autres raisons de me rendre en Suisse, à commencer par le fait que j'y ai effectué de nombreux séjours et que j'aime y revenir. Plus généralement, la Tunisie et la Suisse entretiennent une vraie relation d'amitié. En plus, que la Suisse a accompagné la Tunisie durant toute la période de transition. C'est une des raisons pour laquelle nous voulons renforcer la coopération entre nos deux pays. Dans cette perspective, le président tunisien viendra en Suisse pour une visite officielle à la fin du mois de novembre. J'ai aussi abordé la question des 60 millions bloqués en Suisse et j'ai l'impression qu'il y a un désir conjoint de faire avancer ce dossier.

L'attribution du Nobel de la paix au Quartet du dialogue national couronne-t-elle une révolution réussie?

Ce Nobel récompense tous ceux qui ont cru à la Révolution de jasmin, et qui se sont battu pour démocratiser la Tunisie. Les raisons de ce succès unique parmi les nations qui ont traversé le printemps arabe tiennent aux particularités de la Tunisie: un Etat bien ancré dans l'histoire du pays, un bon niveau d'enseignement et l'existence d'une société civile. C'est cette dernière qui est louée à travers le Quartet qui a parrainé avec succès le dialogue national.

La transition est-elle donc achevée?

Nous avons de nouvelles institutions démocratiques, une Constitution, un gouvernement et un président élus. Mais tout n'est pas terminé pour autant. Il nous faut consolider ce succès au niveau socio-économique. Le processus démocratique a pris plus de temps que prévu. L'assemblée constituante désignée pour un an en a mis trois pour finir ses travaux. Cette perte de temps a suscité une impatience légitime. Le développement socio-économique du pays a pris du retard. Cela ne pardonne pas. Aujourd'hui, la Tunisie n'a pas les moyens de s'en sortir toute seule, elle a besoin de l'aide de ses amis.

Sous quelle forme?

Il faut un véritable Plan Marshall pour redresser le pays. En 2011, à la suite de la révolution, nos partenaires internationaux nous ont promis 5 milliards de dollars par an sur 5 ans. 25 milliards en tout. Nous n'avons rien vu, ou presque, de cet argent. Pourquoi? Parce que, avant d'honorer ses promesses, la communauté internationale voulait avoir pour interlocuteur un gouvernement démocratiquement élu en Tunisie. Cela a pris quatre ans, mais nous avons aujourd'hui ce gouvernement élu. J'espère que nos partenaires, essentiellement les Etats-Unis et les Européens, remettront sur la table leur offre d'aide.

Que fait la Tunisie pour combattre les réseaux djihadistes?

Mon ministère a élaboré une stratégie de lutte contre le terrorisme inspirée de ce que font certains Etats européens dont la suisse. Ce plan inclut prévention et répression. Mais la meilleure manière de venir à bout de l'extrémisme, c'est de promouvoir un développement équitable. Il faut donner à notre jeunesse des perspectives autres que la pauvreté et le chômage.