INTERNET

Twitter, ou 140 caractères pour raconter sa vie

Le service de micro-messages, créé en 2006, compte 2,2 millions d'adeptes. Le phénomène touche désormais l'Europe.

Pour qui connaît Facebook, Twitter ressemble comme deux gouttes d'eau aux «statuts» du fameux réseau social en ligne. Le principe? Ecrire en quelques mots - 140 caractères maximum - un message répondant à la question «Que faites-vous?». Et l'on s'abonne aux mises à jour des personnes que l'on désire suivre. Certains parlent de «micro-blogging», mais Twitter va plus loin que ça. C'est un hybride entre chat, blog, messagerie instantanée et SMS.

Twitter existe depuis 2006. Son créateur, Jack Dorsey, dit s'être inspiré des «statuts» des réseaux de messagerie instantanée («en ligne», «absent», «parti manger») à travers lesquels les chatteurs racontent parfois des romans sur leurs vies et activités. Biz Stone, cofondateur de Twitter, dit avoir voulu «créer un service permettant une nouvelle forme de communication, sans exiger que les gens soient toujours assis derrière un ordinateur». De par sa vocation mobile, Twitter, utilisable via SMS, vient servir de pont entre le monde d'Internet et celui de la vie hors ligne. Le téléphone permet d'envoyer des mises à jour à Twitter et de maintenir ainsi le contact avec la communauté que l'on a construite.

On peut se demander ce que les 2,2 millions d'utilisateurs de Twitter peuvent bien raconter avec des messages si courts. «J'ai mangé, je me sens mieux», «dans le train pour Berne», «qui pourrait me prêter une tente pour le week-end?», «argh, le voisin passe la tondeuse -- fermeture de fenêtre», «j'installe Google Chrome, impressionnée http://google.com/chrome» ou encore «@balalou t'as raison, j'appelle le vétérinaire cet après-midi». Parcelles de vie, bribes de conversations, tout cela est peu intéressant quand les personnes en question nous sont inconnues.

L'intérêt de Twitter n'est pas tant dans ses fonctionnalités que dans le réseau que l'on y crée et les personnes que l'on y côtoie. «Quand on veut demander un service à quelqu'un, on ne le fait généralement pas de but en blanc», explique Leisa Reichelt, une consultante qui a très tôt mis le doigt sur ce qui fait la puissance de Twitter. «On identifie d'abord la personne à qui on va demander le service, on engage la conversation en étant poli, puis on fait notre demande. Twitter, c'est un peu comme être dans un état constant de «conversation engagée» avec un réseau incroyable de personnes.»

Twitter ne se limite pas à un formidable réservoir d'aide. «C'est un excellent outil de veille, poursuit Leisa Reichelt. Twitter nous permet aussi d'écouter en passant des conversations entre personnes que nous trouvons intéressantes. On apprend ainsi des tas de choses. Par exemple, le navigateur web de Google vient de sortir et je n'ai pas eu le temps de l'essayer, mais comme j'en entends parler autour de moi sur Twitter, je ne suis pas complètement dans le noir.»

Twitter aide aussi à «donner chair» aux gens que l'on connaît peu. Les petits messages d'apparence futile de Twitter permettent d'en apprendre plus sur des gens qui ont peut-être fait une brève apparition dans nos vies, sans leur faire subir un interrogatoire de police. A force de voir passer des mises à jour sur Twitter indiquant qu'une personne va manger dans un restaurant indien, on finirait donc par savoir que celle-ci apprécie la cuisine indienne, sans avoir jamais eu à le lui demander.

Pour Julien, patron d'une petite entreprise lausannoise, Twitter est avant tout un outil de veille et un moyen d'obtenir rapidement des informations. Quant à Stéphanie, étudiante suisse vivant depuis plusieurs années à Montréal, elle apprécie le côté communautaire de Twitter, qui lui permet par exemple de garder le contact avec ses amis restés au pays.

Les entreprises peuvent aussi trouver un intérêt à Twitter. Pour communiquer avec leurs clients et le public, comme le font la compagnie d'aviation américaine JetBlue et le cinéma City Club à Pully, ou encore pour permettre à des employés sur des sites géographiquement délocalisés d'interagir plus régulièrement. C'est le cas de l'entreprise de relations publiques Burson-Marsteller, qui compte environ 35 employés sur Twitter de par le monde. «Etre sur Twitter avec ses collègues, c'est comme être tous ensemble dans un immense bureau. Cela donne une bonne idée de ce que font les collègues d'autres pays, ce qui mène souvent à des synergies imprévues», explique Remo Schläpfer, employé de Burson-Marsteller à Berne.

Twitter n'existe pour le moment qu'en anglais et en japonais, une raison sans doute pour laquelle le service n'est pas encore très populaire en francophonie. Mais à voir l'enthousiasme en pays anglo-saxons, la déferlante ne saurait tarder.

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