«Impopulaire». Cette manchette du Yediot Aharonot (le quotidien le plus lu de l’Etat hébreu) confirmait dimanche la méfiance de l’opinion de l’Etat hébreu envers Benoît XVI. Certes, au niveau gouvernemental, les dirigeants israéliens ont mis les petits plats dans les grands pour accueillir leur hôte. Mais pour les Israéliens de la rue, le chef de l’Eglise est d’abord un ancien membre de la «Hitlerjugend» qui a également porté l’uniforme de la Wehrmacht durant la Seconde Guerre mondiale.

Appelés à rencontrer le chef de l’Eglise à l’occasion de sa visite à Yad Vashem (l’institut chargé de préserver la mémoire de l’Holocauste), plusieurs anciens déportés ont annoncé qu’ils refuseraient de lui serrer la main. «Je ne pourrais pas me retrouver en présence d’un type qui a participé aux persécutions nazies contre le peuple juif», s’est ainsi exclamé l’ex-député Schmouel Halpert. Certes, d’autres anciens déportés ont accepté de rencontrer le chef de l’Eglise. Mais lorsque le président de l’Etat hébreu, Shimon Peres, a reçu officiellement le pape à Jérusalem, la moitié des députés à la Knesset ont refusé de participer à la cérémonie. Entre autres, ceux du parti ultraorthodoxe Shas auquel le rabbin Ovadia Yossef, le leader spirituel de la formation, avait formellement interdit d’être présents. Son injonction s’adresse d’ailleurs à tous les mandataires du parti et à toutes les cérémonies prévues jusqu’à la fin du pèlerinage papal. Moins spectaculaire, l’initiative du président de la Knesset Ruby Rivlin (Likoud) qui a «oublié» de se rendre à l’aéroport de Tel-Aviv lundi matin pour y accueillir le pape est également fort remarquée par les chroniqueurs politiques.

En 2000, l’arrivée de Jean Paul II avait été précédée par une marée de commentaires louangeurs. Cette fois, Benoît XVI fait l’objet d’a priori négatifs, relayés par la plupart des médias d’Israël. Depuis quelques jours, ceux-ci s’intéressent d’ailleurs beaucoup à l’attitude de Pie XII durant la Seconde Guerre mondiale et au silence allégué du Vatican face aux déportations nazies. L’affaire Williamson – cet ecclésiastique négationniste, membre de la Fraternité Saint Pie X, dont le pape a levé l’excommunication – est également ressassée en long et en large.

Malaise

Au moment où Shimon Peres recevait Benoît XVI, les principales chaînes de télévision israéliennes consacraient d’ailleurs leurs débats et commentaires au «silence de l’Eglise face à la barbarie nazie» et à l’«attitude ambiguë du Vatican qui accepte difficilement que des juifs contrôlent les lieux saints».

Pour ajouter à ce malaise, les dirigeants de Yad Vashem ne se sont pas privés de critiquer publiquement leur hôte après que celui-ci a prononcé son discours dans la salle du souvenir de l’institution. «Il a prononcé de belles paroles mais tout cela manquait de sentiment et de compassion pour les victimes», a déclaré Meïr Lau. «Quelle différence avec son prédécesseur»…