Les retraits massifs de fonds enregistrés par UBS ces dernières semaines ont fini par contraindre la banque à faire appel au soutien de la Confédération. Dans la seule unité de gestion de fortune, le numéro un bancaire helvétique accuse des sorties nettes de capitaux de 49,3 milliards de francs, dont 12 à 13 milliards en Suisse. Elles ont eu lieu en grande partie au cours des dernières semaines du troisième trimestre, a précisé UBS jeudi. La situation est tout aussi critique dans la division de gestion d'actifs, où les retraits de capitaux s'élèvent à 34,4 milliards de francs entre juillet et septembre. En trois mois, le reflux net d'argent frais totalise ainsi près de 84 milliards. Ce montant s'ajoute aux 44 milliards de francs retirés durant le deuxième trimestre.

Peter Kurer, président du conseil d'administration, se veut néanmoins rassurant. «Depuis que UBS a annoncé début octobre être en mesure de dégager un faible bénéfice au troisième trimestre, les clients accordent à nouveau plus de confiance dans notre banque», constate le successeur de Marcel Ospel.

Reste que les dernières semaines ont été éprouvantes pour l'établissement. Selon nos informations, les retraits de fonds ont avoisiné le milliard de francs par jour à partir de la seconde moitié de septembre chez UBS. «L'environnement de marché extrêmement difficile nous a amenés à prendre des mesures décisives», explique Marcel Rohner, directeur général. La méthode retenue: isoler les positions à risque d'UBS en les sortant du bilan de la banque. Selon l'accord conclu entre la Banque nationale suisse (BNS) et UBS présenté jeudi, les titres actuellement illiquides et d'autres actifs du bilan seront transférés vers un nouveau fonds créé spécialement à cet effet pour un montant maximum de 60 milliards de dollars.

Principal pourvoyeur de l'opération, la BNS financera cette structure à hauteur de 54 milliards de dollars au maximum via un prêt garanti par les actifs placés dans le fonds. UBS se charge, de son côté, d'apporter les 6 milliards de dollars restants.

Pour financer la somme, le numéro un bancaire helvétique lèvera à son tour 6 milliards de francs d'argent frais grâce à l'émission d'obligations à conversion forcée, ou «mandatory convertible notes» (MCN), placées entièrement auprès de la Confédération. En échange, l'Etat suisse en retire une rémunération non négligeable: le taux applicable atteint 12,5% par an jusqu'à la conversion de ces titres en actions UBS.

A quoi serviront les 60 milliards de dollars mis à disposition par la BNS et la Confédération? UBS, qui a déjà procédé à des amortissements massifs de ses positions à risque depuis un an, n'est visiblement pas arrivé au bout de ses peines. Aux Etats-Unis, les différentes classes d'actifs pourries (crédits hypothécaires «subprime», «Alt-A», etc.) affichaient encore une valeur de 44,2 milliards de dollars au 30 juin, pour être ramenées à 31,8 milliards fin septembre. Après le transfert de ces actifs dans le véhicule ad hoc créé par la BNS achevé, l'exposition nette d'UBS dans ces titres sera réduite à 0,7 milliard seulement.

Outre le montant de 31,8 milliards, UBS prévoit aussi de regrouper dans le fonds «d'autres titres de dette non américains pour la plupart» adossés à différents types d'actifs d'une valeur de 18 milliards de dollars. A quoi correspond cette nouvelle catégorie de produits jamais mentionnée auparavant? Dirk Becker, analyste chez Kepler Capital Markets à Francfort, estime qu'il s'agit certainement de titres adossés à des actifs de type «asset-backed securities» provenant d'Europe. «Le problème pour ces titres est que leur marché est devenu complètement illiquide. Leur valeur est toutefois déjà tombée à un très bas niveau», juge l'analyste. S'y ajoutent encore des actifs supplémentaires de 9 milliards de dollars qui pourront être transférés vers ce fonds spécial ultérieurement.

La base en capital d'UBS est-elle désormais suffisante? La Commission fédérale des banques (CFB) salue l'opération. L'organe de surveillance entend toutefois appliquer des exigences plus strictes en matière de fonds propres pour les deux grandes banques suisses. Outre les critères usuels définis par la Banque des règlements internationaux (BRI), la commission et la BNS ont plaidé tout au long de l'été dernier pour l'introduction d'un ratio supplémentaire appelé «leverage ratio». Celui-ci définit un niveau minimal de fonds propres rapporté à la somme totale du bilan. Si son rival Credit Suisse satisfait déjà aux deux conditions exigées par la CFB, un accord devra être conclu avec UBS «dans les semaines à venir», indique la commission. «UBS aura besoin de plus de temps pour se conformer à ces conditions mais la banque devra y parvenir d'ici 2013», déclare Alain Bichsel, porte-parole de la CFB.

A quand un retour aux bénéfices pour UBS? Peter Kurer se montrait hier plus optimiste que jamais sur la capacité de la banque à redevenir profitable sur l'ensemble de l'exercice 2009.