Ueli Maurer épargnera le soldat avant le Gripen

Défense S’il était contraint à des économies, le ministre pourrait renoncer à l’avion

Si le parlement devait couper drastiquement dans son budget et s’il avait seul le choix des priorités, c’est à l’acquisition des 22 avions de combat Gripen que renoncerait Ueli Maurer, au profit de l’équipement de base de l’armée. C’est ce qu’il a expliqué vendredi devant les médias, au centre logistique de l’armée de Grolley (FR).

Le ministre de la Défense met le Conseil fédéral au pied du mur: à lui de débattre des missions prioritaires de l’armée et de dire où il faut faire des économies.

La déclaration d’Ueli Maurer intervient alors que les deux commissions parlementaires de la politique de sécurité s’inquiètent des intentions du Conseil fédéral de ramener le plafond des dépenses de l’armée de 5 milliards, selon le vote indicatif du parlement, à 4,48 milliards, si l’on tient compte des 300 millions destinés à alimenter chaque année le fonds d’acquisition du Gripen. Le Conseil fédéral a demandé, en septembre, une réduction supplémentaire de 18 millions dès 2015, au titre du programme d’économies.

«Je suis pris en étau entre la volonté du parlement de fixer le cadre du budget de la Défense à 5 milliards et les économies demandées par le Conseil fédéral», s’est plaint Ueli Maurer. Si le parlement devait se rallier finalement au budget le plus bas, «cela aurait des conséquences sur l’équipement de l’armée et ses missions. Le Conseil fédéral devra alors dire clairement quelles sont les tâches prioritaires de l’armée et où il veut couper».

L’artillerie sacrifiée?

Faudra-t-il renoncer à certaines tâches de soutien aux autorités civiles? Dans l’entourage d’Ueli Maurer, on évoque, parmi les sacrifiés possibles, l’artillerie, dont il faudra de toute manière remplacer les munitions en raison de la destruction des obus à sous-munitions désormais interdits. Ou une partie des forces blindées. Ueli Maurer a fait allusion aux forces aériennes, estimant que les FA-18 étaient à même d’assurer les missions de police aérienne. Mais impossible, politiquement, de renoncer au remplacement des F5 Tiger, a-t-il admis.

Si Ueli Maurer a choisi le centre logistique de Grolley pour cette déclaration, ce n’est pas totalement innocent. Avec les coupes budgétaires de la dernière décennie, la dotation matérielle de l’armée a été réduite de manière critique. Au point qu’il y a encore deux ans, nombre de cours de répétition ont dû être déplacés ou allégés devant l’impossibilité de les doter en matériel de transmission, véhicules ou matériel technique. On estime que seuls trois bataillons d’infanterie pourraient être complètement équipés au besoin, les autres ne l’étant qu’à 60 ou 70%.

Si les bataillons en service ne souffrent plus trop de l’absence de matériel, c’est en raison d’une meilleure planification des cours de répétition, précise le divisionnaire Daniel Baum­gartner, chef de la base logistique. Mais aussi de l’introduction de la logistique informatique et d’un personnel très performant. Les moyens (véhicules, transmissions) font toujours défaut; le matériel est soumis à une utilisation intensive qui se répercute sur sa durée de vie. Le problème du sous-équipement en véhicules et moyens de transmissions se reposera avec d’autant plus d’acuité.

Ueli Maurer ne voit aucune raison de demander le départ du chef du Service de renseignement (SR), Markus Seiler, après la découverte du vol de données par un informaticien. «Aucune faute personnelle n’a été mise en évidence», selon le ministre. En prenant rapidement des mesures pour colmater les brèches et empêcher la vente des données, Markus Seiler aurait permis au SR de conserver la confiance de ses partenaires. (Y. P.)