Le dîner, dimanche soir, entre ­Mahmoud Ahmadinejad et Hans-Rudolf Merz continue de faire des vagues. En guise de protestation, Israël a décidé hier de rappeler son ambassadeur en poste en Suisse. Ilan Elgar est toutefois rappelé «pour consultations», ce qui laisse supposer que son absence de Berne sera relativement courte. Parallèlement, la numéro deux de l’ambassade de Suisse à Tel-Aviv, Monika Schmutz, a été, en l’absence de l’ambassadeur, convoquée au Ministère israélien des affaires étrangères. Le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE), qui précise avoir informé au préalable les autorités israéliennes de la rencontre entre les deux présidents, n’est pas resté sans réagir: il a convoqué la chargée d’affaires israélienne. Et dénoncé les «propos virulents» tenus contre la Suisse.

Avant d’accepter l’invitation de Mahmoud Ahmadinejad, Hans-Rudolf Merz semble avoir longuement réfléchi. Et pris le pouls des Etats-Unis, dont la Suisse représente les intérêts en Iran depuis 1981. Cet aspect semble avoir joué un grand rôle. Certains observateurs pensent d’ailleurs que le président iranien était porteur d’un message à l’intention de Barack Obama et ne manquent pas de relever que Hans-Rudolf Merz sera à Washington en fin de semaine, pour l’assemblée annuelle du FMI.

Le communiqué diffusé au terme de l’entretien, tard dimanche soir, ne le précise toutefois pas. Il confirme en revanche que le président de la Confédération a «exprimé l’inquiétude de la Suisse face à la situation des droits de l’homme en Iran, en particulier en ce qui concerne les peines corporelles, les lapidations et les exécutions de mineurs» et discuté du cas de Roxana Saberi.

Et la négation de l’Holocauste? Et les appels à la destruction d’Israël lancés par Ahmadinejad? Le communiqué indique simplement que «la situation au Proche-Orient» a été abordée. Or, les politiciens suisses en attendaient davantage. «Je regrette qu’il ne condamne pas les déclarations du président iranien», commente le président du PDC, Christophe Darbellay. Selon l’entourage du gouvernement, Hans-Rudolf Merz aurait bel et bien condamné les propos de son interlocuteur sur l’Holocauste et rappelé le droit à l’existence d’Israël. Le fait est que cela ne ressort pas du communiqué, qui se contente de dire que Hans-Rudolf Merz a lancé un appel à la «modération». «Je regrette que cela ne soit pas mentionné. La Suisse n’est pas très habile dans sa façon de communiquer sur cette question sensible», déplore Martine Brunschwig Graf (PLR/GE).

La rencontre de dimanche n’offusque pas Carlo Sommaruga (PS/GE) ni Ueli Leuenberger (Verts/GE). Elle était nécessaire, disent-ils, car la Suisse est l’Etat hôte du siège européen de l’ONU et représente les intérêts américains en Iran. «Il est par contre important que la Suisse ait un discours clair et ferme face à ce genre d’interlocuteur. Et c’est ce qui a été fait», précise Carlo Sommaruga. Yves Nidegger (UDC/GE) est d’un avis opposé. «Cette rencontre n’est pas assumée. Le Conseil fédéral n’a pas de ligne claire», critique-t-il. «Plutôt que de s’adonner à une mise en scène pour les médias du monde entier, Hans-Rudolf Merz aurait dû refuser l’invitation. Ou au moins donner des explications claires sur le but de la rencontre aux Suisses qui ne comprennent pas qu’on puisse accueillir un personnage aussi controversé.»

Pour Ueli Leuenberger et Carlo Sommaruga, la réaction israélienne est inadmissible et déplacée. «Nous n’avons de leçon à recevoir de personne. Et surtout pas d’un ministre des Affaires étrangères israélien qui a laissé entendre qu’il fallait noyer les Palestiniens», souligne Carlo Sommaruga.