Votation

Un non qui rassure l’économie

Net refus de l’initiative des Jeunes socialistes pour limiter l’écart entre les salaires dans un rapport de 1 à 12. La droite espère que ce résultat pèsera sur le débat pour un salaire minimum, l’an prochain. Pour la gauche, l’essentiel c’est d’avoir imposé le débat sur la justice sociale

Le net refus de l’initiative «1:12 – Pour des salaires équitables» a certes mis fin aux discussions sur les salaires abusifs. Mais pas au débat sur la question salariale et le partenariat social.

Les Jeunes socialistes, de leur propre aveu, ne sont pas parvenus à convaincre les électeurs qu’il fallait changer fondamentalement le partenariat social avec l’intervention de l’Etat. Et ainsi risquer de mettre en danger la place économique suisse.

Mais dès l’an prochain, c’est la question des bas revenus, avec l’initiative syndicale sur le revenu minimum, qui reviendra crisper les fronts.

«Ce sera bien plus difficile, plus émotionnel; j’ai le plus grand respect pour cette initiative», admet le président du PLR, Philipp Müller. Le PS, espérait, lui, un meilleur résultat pour sensibiliser à la question de la justice sociale, avec plusieurs votations en jeu, notamment sur l’imposition des successions ou le salaire de base à 4000 francs.

Pour le président de l’USS, Paul Rechsteiner, l’initiative des Jeunes socialistes «posait une bonne question, mais était incapable de réunir une majorité. Le salaire minimum sera une tout autre question», promet-il.

Partie avec un fort taux de sympathie de près de 50% des électeurs, l’initiative de la Jeunesse ­socialiste s’est littéralement effondrée ces dernières semaines. Elle n’a finalement pas franchi la barre des 50%, même dans des cantons qui, comme Genève, Bâle-Ville, le Jura ou Neuchâtel, réservent généralement un très bon accueil aux propositions de la gauche. Dans cet arc qui va de Genève à Bâle, c’est moins l’inquiétude que susciterait la main-d’œuvre frontalière qui explique ce refus du bout des lèvres qu’un vote traditionnel de gauche sur les questions sociales. Comme pour le vote sur les six semaines de vacances l’an dernier. C’est du Tessin, avec 51% de non seulement, qu’est venue une surprise relative. Il est vrai que la Lega soutenait le texte.

La forte participation, l’une des plus hautes de ces dernières années, avec 53,6%, indique bien la forte composante émotionnelle de ce sujet.

Le résultat de ce dimanche a d’abord rassuré le Conseil fédéral et les partis de droite. Le ministre de l’Economie, Johann Schneider-Ammann, s’est ainsi réjoui de constater que le peuple a clairement manifesté qu’il tient au partenariat social et à une loi libérale sur le travail. Il y voit un signal fort pour le refus de l’initiative syndicale sur le salaire minimum. L’essentiel pour lui, c’est que la place économique reste attractive pour les investisseurs, fiable et stable. Que l’on renonce ainsi à imposer de nouvelles structures de contrôle étatiques.

Grand vainqueur de ce scrutin, le président de l’USAM; Jean-François Rime, qui avait dirigé la campagne avait le triomphe modeste dimanche après-midi. «C’est de bon augure avant la votation sur l’initiative pour un salaire minimum. Mais il faudra la prendre très au sérieux; ce sera bien plus difficile.» La raison de ce succès, après l’échec cuisant d’economiesuisse contre l’initiative de Thomas Minder, c’est évidemment l’attachement des Suisses au partenariat social et au refus de l’intrusion de l’Etat. Mais c’est aussi le fruit du travail de conviction au sein des entreprises et d’une campagne de terrain dans laquelle les chefs d’entreprise avaient été appelés à s’impliquer.

Une campagne de la peur, on a effrayé les gens en faisant miroiter le risque de délocalisations d’entreprise, ont dénoncé les partisans de l’initiative. «Une campagne réaliste, rétorque Jean-François Rime. Les Suisses ont pris conscience que cette expérience était dangereuse et pouvait mener à une situation économique comme en France». Paradoxalement, le conseiller national argovien Cédric Wermuth, ancien président de la Juso, un des auteurs de l’initiative, n’affichait pas la tête du vaincu, devant les médias. Ses jeunes camarades, réunis au centre culturel bernois du Gaskessel, continuaient au même moment à fêter ce qu’ils considéraient comme un succès: 34,7% des voix. «Il y a trois ans, notre idée paraissait farfelue. Les milieux économiques nous prédisaient moins de 20% des voix. Or nous avons réussi à imposer au pays un long et sérieux débat sur la question de la justice sociale. 1:12 est devenu un standard moral pour les patrons.»

Cédric Wermuth admet que l’initiative était sans doute trop ambitieuse. «Nous ne sommes pas apparus assez crédibles pour prétendre changer les règles fondamentales. Mais une nouvelle génération de militants est apparue», promet-il. Il est vrai que si les syndicats et le PS ont soutenu l’initiative, la campagne, animée notamment par la trouvaille des drapeaux 1:12, a été menée surtout par la Juso. Au début, beaucoup de notables et d’élus socialistes ont d’ailleurs marqué leurs distances.

Les Jeunes socialistes ne cachent pas qu’ils ne lâcheront pas si vite la question des salaires excessifs. «La droite s’est indignée contre ces revenus extravagants. Elle ne fera rien. Nous reviendrons à la charge», promet Cédric Wermuth.

Johann Schneider-Ammann est bien conscient des risques que représenterait une dérive des salaires des managers pour la cohésion sociale. Dimanche, il en a profité pour appeler les patrons à assumer leurs responsabilités et à faire preuve de cohérence avec leur système salarial.

«Nous ne sommes pas apparus assez crédibles pour prétendre changer des règles fondamentales»

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