«Un outil pour étudier les tactiques des manifestants»

Eric Belleut en connaît en rayon en matière d’ordre public. Chef du 3e district de Paris (rive gauche de la Seine), le commissaire divisionnaire a notamment dirigé l’évacuation de la Sorbonne, en mars 2006. L’intervention était délicate: 300 jeunes s’étaient barricadés dans la faculté pour protester contre le CPE (contrat première embauche). Les caméras étaient omniprésentes. Celles des télévisions, à l’extérieur du bâtiment, et celles de la police, à l’intérieur, pour filmer les opérations.

«C’est une pratique courante, détaille le policier, venu participer à un séminaire à La Chaux-de-Fonds à la mi-juin. Nous disposons d’équipes spéciales, formées pour cela. Cela comporte plusieurs avantages. Quand ils voient qu’une intervention est filmée, les manifestants adoptent le plus souvent une attitude différente. C’est un moyen dissuasif. Cela permet en outre de justifier nos actions et de défendre nos agents contre les plaintes gratuites qui les visent souvent après de telles interventions. A la Sorbonne, il n’y en a eu aucune.»

L’emploi de la vidéo a aussi une utilité opérationnelle en permettant aux policiers de repérer les habitudes des manifestants. «Certains groupes ont développé des tactiques que nous étudions, raconte Eric Belleut. Lors des manifestations anti-CPE, nous avons eu à faire à des grappes de jeunes de banlieue qui fondaient sur les étudiants pour les dépouiller avant de se disperser. Les films nous permettent de nous adapter à ces méthodes.»

Des «flics fliqués»?

L’introduction de caméras miniatures s’inscrit dans cette volonté de se mettre à la page. Actuellement testées par une unité territoriale de quartier, en Seine-Saint-Denis, elles pourraient être utilisées à plus grande échelle prochainement. C’était en tout cas la volonté de l’ancienne ministre de l’Intérieur, Michèle Alliot-Marie. «On va dans cette direction, cela me semble inéluctable, commente Eric Belleut. Les fonctionnaires de police ont besoin de filmer leurs interventions avec précision. Ce serait aussi un plus pour la justice.»

L’enthousiasme n’est pas général. Cité par l’AFP, le secrétaire général du syndicat UNSA Police, Philippe Capon, accepte l’introduction de mini-caméras «à condition que les flics ne soient pas fliqués». Autre crainte: que les caméras – qui coûtent un peu moins de 1000 euros pièce – servent de prétexte à des réductions d’effectif.