Elles sont rares, les semaines où le nom de Didier Burkhalter n’est pas apparu dans la presse au cours de ces dernières années. Le Neuchâtelois est sans aucun doute le parlementaire radical le plus imaginatif et le plus créatif, au bon sens du terme. On veut dire par là qu’il ne multiplie pas comme certains les interventions stériles, mais que son impact est bien réel au parlement. Spécialiste des problèmes militaires, très présent dans les nombreuses propositions sur la réforme du gouvernement, promoteur du partenariat public-privé, père du contre-projet indirect à l’initiative muselière, très engagé dans la mise sur pied d’une alerte enlèvement, on lui doit également plusieurs interventions dans le domaine des transports.

Le cérébral des Chambres

Les élections fédérales de 2007 ont encore renforcé sa stature politique. N’est-il pas parvenu à reconquérir, pour un parti mal en point, un siège au Conseil des Etats? Fort en thème à l’efficacité reconnue par ses pairs, Didier Burkhalter a encore l’avantage d’appartenir à la bonne génération. Il a également une expérience – de minoritaire – à l’exécutif de la Ville de Neuchâtel. C’est là un profil rare dans les rangs radicaux et unique dans les rangs des radicaux romands, et cela a suffi à en faire LE candidat potentiel à la succession de Pascal Couchepin. Il n’a jamais manifesté d’ambition personnelle mais s’est imposé tout naturellement en tant que tel par une sorte d’effet de gravité. Il ne s’est pas auto-investi successeur de Pascal Couchepin, mais il a été en quelque sorte investi d’office, par ses collègues, par les médias, par l’opinion. Comment expliquer, dès lors, les réticences qui s’expriment à son endroit, comme ses propres hésitations?

Didier Burkhalter affiche ses brillantes qualités derrière un profil un peu trop lisse, une approche très cérébrale de la politique, qui fait fi de ses composantes émotionnelles. Comme nul autre aujourd’hui, le Neuchâtelois endosse le costume un peu suranné du radical qui se revendique avant tout gardien des valeurs fondamentales et se sent encore responsable de l’Etat créé par les pères fondateurs de son parti. Il préfère convaincre plutôt que séduire, gagner la bataille des idées plutôt que celle de la communication.

«Un parti ne devrait pas avoir pour but premier de gagner des électeurs à tout prix. Il doit les convaincre de la justesse durable de ses positions et non seulement les charmer par le ton apparemment enchanteur qu’il utilise pour exprimer ce qu’ils souhaitent entendre sur le moment.» A ces propos publiés par Le Temps en janvier 2008, Didier Burkhalter ajoutait la reconnaissance d’une responsabilité particulière, historique, du Parti radical à l’égard de l’Etat. S’il va au Conseil fédéral, ce sera autant par devoir que par ambition.

Tout en faisant certaines propositions d’une ébouriffante modernité, notamment au sujet de l’organisation du Conseil fédéral, Didier Burkhalter fait à certains égards figure de politicien du passé. Parce qu’il demeure empêtré dans le dilemme qui a accéléré le déclin des radicaux – comment continuer à assumer les responsabilités de l’Etat alors que le parti est devenu tout à fait minoritaire? –, et qu’il refuse la personnalisation de la vie politique. C’est un gros handicap dans la course au Conseil fédéral et, s’il réussit, pour l’exercice même du pouvoir.

Au millimètre…

Philosophiquement parlant, il apparaît assez proche de Pascal Couchepin et de Fulvio Pelli. Mais tout le sépare de ces deux grandes figures du parti. Il n’a ni la rugueuse personnalité du premier, ni la subtilité florentine du second. Pas assez ambitieux, trop tendre, trop peu conflictuel, pas assez conscient de la méchanceté des hommes et des temps, voire un peu naïf, telles sont les restrictions que l’on entend formuler, dans les rangs de ses collègues.

Trop lisse, trop consensuelle, son image politique de premier de classe qui n’aime pas la bagarre est à l’image de son apparence physique. Jeune et bronzé, le nœud de cravate toujours serré au millimètre, la coupe de cheveux toujours impeccable. Qui a jamais vu Didier Burkhalter le col ouvert, le cheveu en bataille exprimer plaisir ou indignation?

Ses hésitations de ces dernières semaines, qu’il n’a pas hésité à commenter dans la presse, auraient pu lui être fatales. Elles ont même été considérées par certains comme une forme de suicide politique. Paradoxalement, elles pourraient se transformer en atout, dans la mesure où elles apportent à l’image lisse et cérébrale de leur auteur une touche d’émotion et l’indice d’un tempérament, une composante dont sa candidature aura désespérément besoin.