Ces dernières années, la Suisse a définitivement admis l’antienne que la croissance ne peut passer que par la création d’entreprises innovantes sur les marchés internationaux. Comme la plupart des pays européens, nos leaders cherchent donc à encourager la création d’entreprises en déployant des moyens pour la formation et la mise à disposition de structures d’accompagnement et d’aide au financement. Par ailleurs, des concours visant à susciter de nouvelles vocations d’entrepreneurs sont régulièrement lancés. Toutes les universités et hautes écoles spécialisées (HES) proposent des formations en entrepreneuriat variées qui vont du simple module de sensibilisation jusqu’au «bachelor» ou au «master». Les cantons et la Confédération mettent en place des organismes de soutien et d’encouragement à la création de start-up telles CTI, Genilem, Venturelab, Venture kick, FIT, pour citer les plus connues.

Pourtant une question revient sans cesse: les compétences entrepreneuriales sont-elles innées ou peuvent-elles s’acquérir à travers une formation? La réponse n’est pas évidente tant il est vrai que des entrepreneurs de génie comme Steve Jobs ou Bill Gates ou, plus près de chez nous, Nicolas Hayek et Daniel Borel n’étaient pas, au départ, vraiment formés au métier d’entrepreneur. On peut penser «qu’ils avaient ça dans le sang»! De tels parcours sont-ils encore imaginables aujourd’hui? Je serais tentée de répondre non, car une start-up, sous la pression des investisseurs, doit conquérir très rapidement ses marchés et ne peut se permettre un parcours erratique. Les investissements nécessaires pour déployer une nouvelle entreprise dans un environnement globalisé sont toujours plus importants. Du coup, les investisseurs exigent des nouveaux entrepreneurs non seulement des compétences d’innovation mais également des connaissances managériales pointues. Cela amène ces futurs entrepreneurs à rechercher du soutien auprès d’organismes ou d’institutions de formation. Il leur faut rapidement acquérir un langage de gestionnaire s’ils veulent minimiser les risques d’échec.

Une étude du Global Entrepreneurship Monitor (GEM) réalisée en Grande-Bretagne en 2009 et confirmée pour le reste de l’Europe par l’Eurobaromètre Flash, démontre que la peur du risque de faillite est le principal frein à la création d’entreprises innovantes. En particulier chez les femmes, cette crainte annihile souvent toutes velléités entrepreneuriales. En conséquence, alors que D & B constate une augmentation des inscriptions au registre du commerce de plus 7% en 2010, la plupart des créations d’entreprises se font dans des domaines peu innovants et peu propices à l’internationalisation. Selon le Ministère français de l’industrie, en Europe, les causes d’échec des entreprises innovantes sont dues pour 50% à une inadéquation au marché, 25% à des problèmes de trésorerie/financement et 25% à des problèmes de gestion. Si la Suisse veut stimuler la création d’entreprises innovantes, il reste donc à aider ces entrepreneurs à éviter ces trois pièges. Si l’inadéquation au marché est partiellement traitée dans les formations entrepreneuriales à travers les cours sur l’innovation, la création du modèle d’affaires (opportunités d’affaires) ou encore la création d’un business plan, l’évaluation du véritable marché potentiel (analyse du potentiel de la rencontre de l’offre et de la demande) et la difficulté de sa mesure devraient être plus sérieusement abordées.

Certaines formations tendent à le faire en mettant les étudiants en situation de «juniors entreprises» confrontées à la réalité, mais la situation demeure biaisée puisque le risque de l’échec se limite dans la plupart des cas au cadre de l’institution de formation. Si on aborde les deuxième et troisième causes d’échec, force est de constater que ces facteurs relèvent de la gestion pure et simple d’une PME au quotidien. Or, très souvent, lorsqu’un jeune entrepreneur se trouve face à la réalité de la gestion quotidienne, il se trouve démuni, ne sachant pas comment affronter efficacement un ensemble de fonctions et d’activités. Il est confronté à la nécessité vitale d’acquérir des clients et de les garder. En même temps, il doit régler des problèmes de trésorerie, de répartition des ressources à disposition, des contingences de production et de ressources humaines. Pour délivrer la prestation promise au client, c’est un véritable parcours d’obstacles qu’il doit franchir au quotidien.

C’est pour cela que les formations en entrepreneuriat doivent sensibiliser les futurs créateurs d’entreprises à intégrer la gestion au quotidien d’une PME en leur fournissant des outils de management pointus ainsi que des indicateurs de performances pertinents.

Ces nouveaux entrepreneurs seront alors en mesure de suivre au plus près l’évolution de leur entreprise, ce qui leur permettra de prendre les mesures adéquates pour diminuer le risque d’échec. De leur côté, les organismes d’accompagnement doivent soutenir les start-up, après leur démarrage opérationnel, avec des outils de «monitoring» adaptés. C’est ce type d’initiatives qui peut stimuler la création d’entreprises innovantes et ambitieuses en rassurant les futurs entrepreneurs sur leur capacité à identifier et à surmonter les obstacles se dressant sur la route de leur développement. C’est ainsi que les investisseurs pourront octroyer plus facilement leur confiance à ces entrepreneurs construisant la diversité et la richesse du tissu économique de la Suisse de demain.

En conclusion, il est important de diminuer la crainte du risque de faillite pour stimuler la création d’entreprises innovantes et ne pas se cantonner dans la répétition de schémas déjà largement éprouvés.

* Professeur de marketinget de management stratégiquedes PME à l’Ecole hôtelière de Lausanne.

Les formations doivent sensibiliser les futurs créateurs à intégrerla gestion au quotidien d’une PME