L’intervention en Libye se déploie sous plusieurs appellations. «Aube d’une odyssée» pour les Etats-Unis; la France l’a nommée «Harmattan». «Ellamy» répond à la sélection aléatoire d’un ordinateur de l’armée britannique. L’embarras du choix serait-il emblématique de l’éclatement des actions militaires qui, trois jours après leur lancement, ne semblent pas posséder de commandement unifié?

La France a opté pour la douce appellation d’un vent du désert originaire du Sahara, sans signification particulière, selon le Ministère français de la défense, cité par l’AFP. Un nom qui aurait l’avantage de ne véhiculer aucune symbolique, ni allusion idéologique. Les forces hexagonales ont pour habitude de puiser dans le répertoire animalier ou naturel pour baptiser leurs actions militaires. Comme pour l’opération «Licorne» en Côte d’Ivoire en 2002, ou «Epidote», le programme de formation de l’armée afghane par les militaires français, inspiré d’un minéral des montagnes afghanes du même nom.

Les Américains, eux, se montrent moins regardants. Depuis la fin des années 1980, les noms empreints d’idéalisme et d’optimisme répondent surtout aux logiques propagandistes des commandements armés. En 1989, l’administration Bush envoie des troupes à Panama pour l’opération «Juste Cause». En 2001, la lutte antiterroriste est menée en Afghanistan sous le nom de «Liberté immuable». «Tempête du désert» désigne la bataille du Golfe en 1991, suivie de l’opération menée en Somalie en 1993, restée connue sous l’appellation «Restaurer l’espoir». «Aube d’une odyssée» annonce une manœuvre longue et difficile, qui se déroulera en plusieurs phases et ne fait que commencer», interprète Alexandre Vautravers, rédacteur en chef de la Revue militaire suisse et directeur du Département de relations internationales de l’Université Webster, à Genève.