éditorial

Une leçon de sobriété suédoise

Dans un pays qui se condamne à la perfection et à l’exception, le choix du Gripen, l’avion le moins cher mais aussi le moins performant, marque une révolution culturelle et mentale

Editorial

Une leçon de sobriété suédoise

Dans un pays qui se condamne à la perfection et à l’exception, le choix du Gripen, l’avion le moins cher mais aussi le moins performant, marque une révolution culturelle et mentale. Le Conseil fédéral l’avoue, il a «sciemment décidé de ne pas positionner la Suisse au plus haut niveau européen s’agissant des performances des nouveaux avions de combat».

Et le patron de la Défense, Ueli Maurer, d’ajouter: «Il faut désormais s’habituer à l’idée que l’armée ne peut revendiquer uniquement ce qui est le plus performant, mais qu’elle devra admettre ce qui est suffisant pour remplir sa mission.» Un peu de sobriété qui devrait bien faire tache d’huile, si l’on ose, dans les projets autoroutiers, par exemple.

C’est dire combien les arguments financiers ont été déterminants dans le choix du futur avion de combat. Au grand dam des pilotes et de la droite conservatrice qui rêvaient de la très haute technologie du Rafale français. Le Conseil fédéral, qui, à l’exception d’Ueli Maurer, n’a guère apprécié de se voir forcer la main par le parlement pour anticiper l’acquisition des nouveaux avions, se venge en quelque sorte en se rabattant sur le produit de base.

Mais, de ces contraintes financières, Ueli Maurer a habilement tiré profit. Il sait bien que le choix du Rafale, plus cher de 1 milliard, se serait heurté à une forte opposition au parlement et devant le peuple en cas d’hypothétique référendum. A cause de son prix excessif, mais aussi en raison des agressions verbales et de l’attitude arrogante des dirigeants français envers la Suisse.

En présentant un choix qualifié de «modeste et raisonnable», Ueli Maurer met le maximum d’atouts dans son jeu. Rien n’est gagné pour autant. Le chef de la Défense devra convaincre le nouveau parlement, puis le peuple, que la sécurité ainsi acquise, les retombées technologiques ou en emplois justifient les sacrifices financiers qui seront imposés aux secteurs des transports, de la recherche ou à l’agriculture.

Son département, et notamment la centrale d’acquisition Armasuisse, devra dissiper les doutes justifiés sur sa capacité et ses compétences dans la maîtrise d’un projet aussi complexe. On sait que non seulement le montage final, mais aussi une partie du développement de cette nouvelle version du Gripen pourraient être effectués par l’entreprise de la Confédération RUAG. Il ne faudrait pas que le parlement ait le sentiment d’un avion suédois à monter soi-même, d’une sorte «d’appareil de combat Ikea» rappelant les souvenirs désastreux de «l’helvétisation» du Mirage français, il y a cinquante ans.

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