Une seule police pour Neuchâtel et le Jura?

Synergies Les deux corps devraient ne faire qu’un «d’ici trois à cinq ans»

Nommé commandant ad interim de la police jurassienne, Olivier Guéniat étudiera la faisabilité du projet

A l’échelle suisse, ce serait une première. Les cantons de Neuchâtel et du Jura ambitionnent de réunir leurs corps de police «d’ici trois à cinq ans». Le projet, défini comme «novateur, ambitieux et résolument moderne», a été détaillé vendredi à Delémont par les deux ministres responsables du dossier, le Neuchâtelois Jean Studer et le Jurassien Charles Juillard. Ils étaient accompagnés par Olivier Guéniat. Chef de la police judiciaire neuchâteloise depuis 1997, il a été nommé commandant ad interim de la police jurassienne en remplacement d’Henri-Joseph Theubet.

Jurassien de souche, Olivier Guéniat est appelé à jouer un rôle clé dans le rapprochement des deux corps de police. Il a reçu le mandat d’assurer dès le 1er juin la conduite de la police jurassienne tout en étudiant la faisabilité de la fusion. Le criminologue rédigera un rapport intermédiaire aux deux gouvernements au plus tard à fin 2013. Afin d’assurer la coordination du projet, il restera membre du comité de direction de la police neuchâteloise.

Le premier défi du policier le plus médiatique de Suisse romande est ailleurs. A 44 ans, il devra ramener le calme et la sérénité au sein d’une police jurassienne secouée par les polémiques et les méthodes inappropriées de l’ex-commandant Theubet. Il dispose d’un double atout: il apportera un regard neuf tout en connaissant l’institution de l’intérieur. Après avoir effectué sa scolarité à Porrentruy et ses études à l’Université de Lausanne, il a entamé sa carrière comme chef de l’identité judiciaire à la police jurassienne de 1992 à 1997. Il travaillait alors en collaboration avec un certain Charles Juillard, alors chef de la police de sûreté jurassienne.

Olivier Guéniat se réjouit d’occuper sa future fonction. «Nous sommes en train d’achever le processus de police unique à Neuchâtel. J’ai terminé la réforme de la police judiciaire. J’ai besoin de défis. Ce projet de fusion tombe à point nommé. Cela fait longtemps que je pense que la Suisse doit repenser sa sécurité. Il faut se préparer à la régionalisation, comme on l’a déjà fait dans le domaine de la formation avec Bejune (pour BE, JU et NE). Tous seuls, nous sommes trop petits pour faire face aux défis de demain.»

Le futur commandant incarne ce que les ministres appellent «la longue tradition de collaboration» entre deux polices, qui utilisent le même dispositif informatique et assermentent leurs agents lors de cérémonies communes. Des ponts favorisés par la connivence qui unit Charles Juillard et Jean Studer. «Nous partageons les mêmes vues», souligne le socialiste neuchâtelois. «Nous sommes en charge de départements semblables, avec la Sécurité et les Finances, ajoute le ministre PDC. Cela fait plusieurs années que nous parlons de renforcer nos collaborations.»

Une opportunité s’est ouverte avec le départ d’Henri-Joseph Theubet de la tête de la police jurassienne. Plutôt que de se contenter d’étudier de nouvelles synergies sur le plan régional, comme le préconisait un audit réalisé en 2010, Charles Juillard a décidé d’aller plus loin. «Je suis parvenu à convaincre mes collègues du gouvernement d’évaluer la possibilité d’aller jusqu’à une fusion avec la police neuchâteloise. La décision formelle a été prise il y a trois semaines.»

Le projet «Police 2015 Arc jurassien» devra passer plusieurs obstacles avant de voir le jour. Si les deux gouvernements devaient retenir l’option de la fusion, ils devraient encore convaincre leurs parlements. «Il n’est pas exclu qu’un tel projet doive passer devant le peuple de manière obligatoire, reprend Charles Juillard. Au vu des enjeux, je pense que ce serait une bonne chose.»

Si elle se réalise, la fusion des polices jurassienne (130 hommes) et neuchâteloise (390) sera la concrétisation la plus spectaculaire des synergies qui se mettent progressivement en place dans l’Arc jurassien. Elle s’ajouterait à la probable adoption d’une structure pour la protection des données – les deux parlements doivent encore donner leur aval au projet.

D’autres activités et services étatiques pourraient être partagés ces prochaines années. Ambitieux, Jean Studer imagine une justice commune. Faut-il voir là les prémices d’une possible fusion des deux cantons? Neuchâtel est favorable au principe. Attaché à régler la Question jurassienne, le gouvernement jurassien évite de s’aventurer sur ce terrain glissant. «Chaque chose en son temps, note Charles Juillard. Le développement de collaborations très poussées montre qu’on peut aller de l’avant sans forcément fusionner les cantons.»

«Il faut se préparer à la régionalisation, comme on l’a déjà fait dans le domaine de la formation»