Les sièges de sa voiture sont encore recouverts de plastique. Un de ses amis sert de chauffeur. Il y a une bible sous le pare-brise. «J’ai 17 ans, l’année prochaine je pourrai passer mon permis. Et je laisse les fourres de protection pour que les gens puissent voir que mon engin est neuf.»

Elijah file sur les routes de Lagos, dans une automobile qu’il a remportée à la sueur de ses mollets. C’était il y a quelques mois. Ce jeune footballeur de milieu de terrain, déjà repéré par une académie nigériane, se présentait à la sélection de Talent Hunt, la chasse aux talents, organisé par une banque et une chaîne de télévision locales.

«Nous étions 15 000 sur les rangs, aux quatre coins du pays. Je suis un des chanceux qui ont été choisis pour participer à la finale de Lagos, puis à l’émission. Et, enfin, je fais partie des quinze gagnants du jeu. Tous ont reçu près de 2000 dollars et une voiture.» Trois saisons, déjà, qu’Oceanic Bank met des étoiles dans les yeux des jeunes Nigérians. Sur les taxis de la ville et les panneaux publicitaires qui bordent le plus long pont d’Afrique, les affiches annoncent le prochain concours et promettent la lune. C’est l’ancien international Jay-Jay Okocha – il a notamment joué au Paris Saint-Germain – qui parraine l’affaire. Il est au Nigeria un demi-dieu dont la monture est une Mercedes cabriolet.

Il faut sonner à l’interphone d’une forteresse enfouie dans un quartier fermé par des grilles, pour le rencontrer. Il est midi. Okocha se réveille en survêtement. Il a accepté de participer au Oceanic Talent Hunt, «non pas pour l’argent, mais pour offrir des opportunités à la jeunesse du Nigeria». Il vous accueille dans un intérieur qui fait la taille d’un terrain de foot, avec des portraits peints de lui et des sols marbrés. Lui n’a participé à aucun show de télé-réalité pour devenir un des espoirs confirmés du foot africain. «J’ai bossé dur. Et un agent est venu me chercher pour partir en Allemagne, puis en Turquie, en France, en Angleterre et au Qatar. Je suis revenu au pays, parce que je devais trouver un moyen de rendre ce qu’on m’a donné.»

Pour les chanceux gagnants qui font les belles heures de l’émission télé, il est une sorte de mentor, intervient pour donner des conseils. En général, il se contente de quelques mots. «Il leur faut de la discipline.»

Pour l’heure, aucun des finalistes n’a obtenu davantage, en termes de carrière, qu’un bref stage dans une académie anglaise. Le ­Talent Hunt a surtout permis à la banque Oceanic d’augmenter son taux de notoriété. «J’ai beaucoup appris», relativise Elijah. «Je n’ai jamais cru qu’un simple show télé allait faire de moi une star du foot. Certains de mes amis se sont fait proposer des contrats douteux par des agents, d’autres ont choisi de prendre la route de l’Europe dans l’espoir de rejoindre le club de leurs rêves. Moi, je continue de m’entraîner.»

Elijah a les pieds sur terre. La «Star Academy» du foot? Elle lui a surtout permis de ne plus marcher dans les poussières de Lagos.