Une vieille habitude dans la Broye

Chacun a appris à vivre avec la «peuf»

Ce n'est pas la nuit, mais on ne voit rien à deux mètres. Oscillant entre le jaune, le bleu et le gris, la lumière est étrange, irréelle même, donnant l'impression de figer le monde alentour dans un cocon ouaté. Dans la Broye, immuablement, l'automne était jusqu'à il a quelques années synonyme de retour du brouillard. Un brouillard à couper au couteau, qui pouvait parfois s'agripper à cette ample plaine partagée entre les cantons de Vaud et de Fribourg une bonne dizaine de jours sans interruption.

Comme si de rien n'était

Mais, même sous une cloche de coton humide, la vie continue. Comme le dit la Payernoise Christelle Luisier Brodard, présidente des radicaux vaudois: «Le brouillard, on s'habitue.» A tel point qu'on ne voit plus où est le problème. La conduite automobile? Alors que le visiteur égaré dans la région n'ose plus avancer ni reculer, l'autochtone poursuit sa route comme si de rien n'était en enfonçant l'accélérateur.

«Quand j'étais syndic de ma commune, je commanditais parfois des travaux à des entreprises extérieures à la région. En arrivant chez nous, ils me demandaient immanquablement comment on faisait pour vivre ici», se souvient le député radical fribourgeois Charly Haenni, de Vesin. Et de poursuivre: «Je vous assure que cela n'a jamais eu la moindre incidence négative sur mon humeur. Le brouillard crée une ambiance particulière, c'est vrai, mais pouvant également générer des images dignes du photographe Hamilton.»

Gruérienne d'origine, la conseillère nationale Thérèse Meyer est arrivée à Estavayer-le-Lac en 1976. Au début, admet-elle, cela a été dur. «Au bout de quelques jours, j'ai besoin de soleil.» Christelle Luisier Brodard précise aussi, que, passé un certain temps sous la peuf, elle part à Fribourg ou à Lausanne à la recherche d'une éclaircie.

«Mais, à moins qu'il ne dure trop longtemps, le brouillard ne m'a jamais dérangée. Il crée d'autres atmosphères, feutrant le décor, les objets, la lumière. On a l'impression que l'environnement est plus silencieux, même si ce n'est pas vrai. Par ailleurs, il favorise des activités que l'on n'accomplit pas dans les autres périodes de l'année, comme la lecture», raconte Thérèse Meyer.

Christelle Luisier Brodard insiste sur le sentiment de grandeur que donne le brouillard. «La Suisse est colonisée par l'habitat. Quand on est noyé dans ce cocon de ouate, les distances deviennent plus grandes.» Enfin, il n'empêche pas la joie de vivre, à entendre Charly Haenni: «On dit des Broyards que ce sont des fêtards, des bons vivants, et c'est vrai.» Une réputation qui n'est apparemment pas près de se dissiper. Contrairement au brouillard.

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