Première semaine en Suisse romande: 9380 entrées. Deuxième semaine: 8565. Total à ce jour: 18000 entrées. Selon son distributeur, en tenant compte des avant-premières, Home, le film d'Ursula Meier (LT du 15.10.2008), n'a perdu que 1,98%. C'est du jamais vu: d'ordinaire, le soufflé retombe, et les films perdent 30, 40, 50%, voire davantage, en deuxième semaine! Tous les exploitants de salles, habitués à évacuer les films suisses après une ou deux semaines, ont décidé de le garder à l'affiche. Il a même fallu ajouter deux copies aux 13 déjà en exploitation pour contenter les cinémas de Bulle et de Sion, qui le réclamaient. Du jamais vu là aussi. Et l'exceptionnel bouche-à-oreille dont bénéficie Home devrait être relancé par l'accueil dithyrambique que reçoit le film en France, où il est sorti mercredi.

• Dans la presse spécialisée comme dans les journaux généralistes de l'Hexagone, il faut bien creuser pour trouver des avis négatifs. Même la revue Positif, au lendemain de sa présentation à Cannes, a peiné à lui chercher des poux: «L'ambition et le caractère atypique du projet suscitent l'enthousiasme, mais trop souvent le systématisme de l'ensemble prime sur les motivations des personnages. Bref, il manque un peu de vie dans tout ça, mais n'est-ce pas justement ce sentiment d'asphyxie que la réalisatrice cherche à véhiculer?»

• Si le critique de Positif n'a plus su comment exprimer son malaise face à cette histoire d'un éden familial bouleversé par l'ouverture d'une autoroute, toutes les autres revues spécialisées exultent. Il est d'ailleurs très rare de constater une telle concordance d'opinions positives entre les vénérables Cahiers du cinéma, qui trouvaient le film «remarquable» à Cannes et qui réservent leur grande critique pour le prochain numéro, et les plus populaires, comme Première,Studio magazine ou Ciné Live.

• Pour ce dernier, «Ursula Meier signe un premier long-métrage de fiction pensé à l'extrême, où les symboles sont partout, comme une étrangeté à la mise en scène éclairée. Chapeau.» Pour Studio magazine, «une cinéaste est née, elle se nomme Ursula Meier». Pour Première, «intriguant sans jouer la pose, malin sans jamais intellectualiser, Home est une révélation».

• «Ursula Meier filme comme personne nulle part», s'enthousiasme le magazine Elle, qui ajoute que ce «film aussi inventif que modeste» «démontre que le cinéma d'auteur n'est pas forcément parisien». Toujours au rayon magazine, Les Inrockuptibles situent Home «à la croisée miraculeuse de deux influences opposées: le classicisme américain et une certaine modernité européenne, qui ne conçoit la famille que sous un angle conflictuel, névrotique». Dans Télérama, le critique Pierre Murat lévite et sort les grandes comparaisons: «On songe à Cassavetes, bien sûr [...]. Et au Polanski débutant [...]. Références superflues, en fait, puisque la plus grande qualité de Home, c'est d'être parfaitement original. Ursula Meier a réussi une fable gorgée de couleurs vives et d'entrelacs mystérieux, de pistes qu'elle propose d'emprunter, sans jamais nous forcer à les suivre... On sent, chez elle, un plaisir à inventer, à tenter, à surprendre. A provoquer, même.»

• Du côté des quotidiens, outre une demi-page de résumé tortueux dans Le Monde - mais une demi-page plutôt favorable -, Libération met les petits plats dans les grands en consacrant les deux pleines pages d'ouverture de son cahier Cinéma du mercredi: «Le film trouve un biais neuf pour remettre sur le métier le thème de la famille névrotique, ce garde-fou qui rend fou. Mais Home est surtout intéressant par sa manière de nous faire revivre les terreurs anciennes, précoces, celles de l'enfance...»