• Les plans de sauvetage des banques en difficulté coûtent des centaines de milliards. D'où viendra l'argent?

De l'augmentation des impôts dans l'immédiat ou par l'endettement. Mais il y a une autre fenêtre, celle qui est plus plausible. Aux Etats-Unis, l'Etat achète les créances pourries à bas prix et projette de les revendre plus tard, à des prix plus élevés, lorsqu'elles seront assainies. En Europe, les Etats prennent des participations dans les banques malades. Après l'assainissement des titres, ils les revendent et peuvent espérer réaliser une marge. Selon ce scénario optimiste, l'investissement devient rentable. C'est la thèse défendue par le premier ministre britannique Gordon Brown qui affirme que le contribuable sortira gagnant de l'exercice, explique Jean Imbs, professeur d'économie à l'université de Lausanne.

• Les contribuables doivent-ils redouter une hausse des impôts?

Ce serait une catastrophe si les contribuables devaient porter la totalité du poids du sauvetage des banques. Il existe un risque marginal que le fort endettement à court terme se traduise plus tard dans des hausses d'impôts. La logique veut qu'aucun gouvernement n'augmente les impôts au moment où la récession menace. Ce serait nuisible pour l'économie. Par ailleurs, un niveau d'endettement élevé n'est pas compatible avec le traité de Maastricht. Ce qui est programmé, c'est une levée de fonds par des obligations d'Etat et le remboursement de cette dette en vendant les titres une fois qu'ils auront retrouvé des couleurs.

• Qui souscrira aux obligations d'Etat?

Les fonds de pension, les fonds souverains, notamment d'Asie qui possèdent d'importants excédents commerciaux ou des pays exportateurs de pétrole. Dans la mesure où les plans de sauvetage sont viables, les obligations émises par les Etats constituent de bons investissements.

• Les Etats peuvent-ils supporter un endettement massif?

Si l'objectif est de ne pas investir à long terme, cet endettement est supportable. Mais pour que la dette soit soutenable, les Etats doivent veiller à ce que le ratio dette/PIB ne dépasse pas les 60%. Plusieurs Etats ne respectent déjà pas ce ratio, mais sans grande conséquence. Le plus important n'est toutefois pas la taille de la dette, mais sa dynamique. La dette peut être élevée sans poser de problème si elle est stable ou en baisse. Dans le contexte actuel, la question de la dette est secondaire. Dans l'immédiat, le plus important est d'éteindre l'incendie, en garantissant des liquidités aux banques et en leur apportant des capitaux frais.

• Ne s'agit-il pas de socialiser les pertes des institutions financières privées?

Ce cliché revient souvent. Mais en quelque sorte, il s'agit de nationalisations, au moins en partie et donc d'une socialisation de la position des banques. Cela dit, la raison pour laquelle cela se passe n'est pas idéologique, mais repose sur le fait que les Etats sont devenus les seuls opérateurs à pouvoir intervenir avec succès, simplement parce que ce sont les seuls a en avoir les moyens.

• Quelles seront les conséquences de l'injection des sommes massives sur les pays directement concernés et sur l'économie mondiale en général?

Le sauvetage des banques, c'est aussi relancer le crédit aux entreprises qui assurent la production des biens et des services et qui créent des emplois. Il faut que les banques viennent à prêter à des conditions normales, c'est-à-dire à des taux d'intérêt proches de ceux fixés par les banques centrales. Au moment où la récession menace, il est important de relancer l'économie, notamment en mettant l'argent à disposition des entrepreneurs. Il faut le souligner: les dégâts provoqués par l'assèchement du crédit sont déjà visibles. De nombreux indicateurs aux Etats-Unis, en Europe et au Japon ont déjà viré au rouge, explique Jan Poser, économiste chez la banque Sarasin. Il faut déjà s'attendre au ralentissement de la croissance pendant les quatre à six prochains trimestres.

• Faut-il redouter une poussée d'inflation?

L'inflation est un problème à long terme et c'est la responsabilité des banques centrales d'éviter tout dérapage. C'est à elles de convaincre les marchés que les plans de sauvetage sont des mesures exceptionnelles et qu'aussitôt après, elles s'attelleront à leur principale mission qui est la stabilité des prix. La bonne nouvelle, c'est que le ralentissement économique mondial a diminué la demande pour le pétrole ainsi que pour les matières premières agricoles et minières, tirant les prix vers le bas.

• Quelle pourrait être la contrepartie à ces plans de sauvetage?

Les banques perdent leur indépendance. Les équipes actuelles de direction se retirent. Les représentants de l'Etat, nouvel actionnaire, siègent au conseil d'administration et ne laissent pas les responsables opérationnels agir comme avant. De nouveaux règlements et de systèmes de contrôle sont introduits dans l'espoir d'éviter tout nouvel excès. C'est définitivement la fin d'une époque.

• Les banques auront-elles une marge de manœuvre suffisante pour gérer les affaires avec l'Etat comme actionnaire?

L'allocation des investissements ne devrait pas poser de problème. Il n'y a plus de banques d'investissement. Ces dernières, Goldman Sachs et Morgan Stanley, se sont transformées en banques de dépôt. Les banques ne font plusde profits astronomiques, mais ne prennent plus de risques exagérés.

• Quel rôle joueront les banques centrales?

Dans l'immédiat, elles participeront à l'élaboration des nouvelles règles. Après, elles se tiendront à leurs tâches fondamentales, c'est-à-dire assurer les crédits interbancaires avec une politique de taux d'intérêt appropriée et veiller à la stabilité des prix.