Les investigations de l’habitat néolithique à Naters ont démarré. Elles s'étaleront sur un an et demi, le temps de documenter des villages vieux de près de 6000 ans découverts sur 3500 m2 de terrain destiné à la construction de plusieurs bâtiments publics.

«C'est une opportunité unique d'étudier des vestiges du Néolithique moyen sur une large surface et pas uniquement par petits bouts», se réjouit l'archéologue cantonale Caroline Brunetti devant la presse. D'autant que ces vestiges montrent une superposition de structures d'habitations allant de 4700 à 3500 avant J.-C et non des sépultures comme déjà découvertes en divers endroits du canton.

Sur place, des spécialistes agenouillés au sol s'activent à creuser couche par couche le terrain. «Chaque couche a une signification soit d'occupation, soit de démolition ou encore d'incendie», souligne Caroline Brunetti. Une fois en laboratoire, «on pourra remonter le fil de l'histoire et dire avec précision que cet habitat est plus ancien que celui-là. Nous travaillons à plat, mais entre deux couches, il y a parfois un saut de 1000 ans».

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«Les prémices de notre société»

Le site de Naters est appelé à faire référence pour cette période de la préhistoire à laquelle commence aussi une première forme de sédentarisation, même si les migrations se poursuivent. «C'est une étape importante qui marque le moment où les populations se stabilisent et où apparaissent petit à petit les prémices de notre société actuelle», relève encore Caroline Brunetti.

Les villages étaient installés sur le cône de déjection du Kelchbach, détaille Samuel van Willigen, responsable du chantier InSitu Archéologie SA, la société mandatée par le canton pour fouiller le site. Parmi les premières trouvailles, on recense des outils en cristal de roche ou en silex, mais aussi des objets en céramique, une aubaine pour les archéologues au vu de la «très grande longévité de ces matériaux».

Dans le sol, on observe le négatif des bois, des foyers pour la cuisine, des fosses de stockage pour les aliments, des dépotoirs ou encore des traces de labours. «A nous maintenant de comprendre les structures que l'on découvre et la configuration de ces villages, et à terme peut-être les raisons de leurs départs», ajoute Samuel van Willigen.

Un budget de huit millions de francs

L'archéologue cantonale espère que les prochaines générations pourront découvrir dans les livres d'histoire non seulement les villages lacustres déjà documentés, mais aussi ceux de Naters qui montrent un autre visage de ces populations néolithiques.

Découvert en 2004, brièvement fouillé sur une petite surface en 2020, le gisement archéologique sera intensivement investigué par une vingtaine de spécialistes. Le calendrier des interventions a été coordonné à celui des travaux de construction dans le but de les retarder le moins possible. Les étapes de fouille libèrent ainsi progressivement des zones pour permettre la construction du complexe.

Ces fouilles ont été rendues possibles grâce à l'acceptation, en octobre 2020, d'un crédit d'engagement de 8 millions de francs par le Grand Conseil valaisan. Une enveloppe qui couvre les recherches sur le site, mais aussi l'analyse de tous les éléments récoltés ainsi que des publications scientifiques et vulgarisées.

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