Le prétexte de la production est un rideau. Mais pas n'importe lequel, un rideau de scène de quinze mètres par neuf peint par Salvador Dalí pour le décor de Tristan fou, un ballet donné en 1944 à New York. Nous sommes dans l'univers de Dalí, dans cette imagerie multipliée sur tant de tableaux et entrée dans les mémoires collectives. Le rideau évoque tout à la fois l'élan passionnel des corps et des âmes, les blessures et la «décharnation». Cette violence n'appartient pas à l'univers de Daniele Finzi Pasca, d'un onirisme plus heureux. C'est sans doute là que le bât blesse un peu, que le rendez-vous n'a pas tout à fait lieu. La Verità reste un spectacle haut de gamme, dont il demeure longtemps des images et des airs dans les têtes de ceux qui l'ont vu. On se souviendra de ces jonglages, enivrants presque, magnifiquement réglés sur tout l'espace scénique. Et aussi de ces acrobates à couper le souffle, au sol, tourbillonnant dans de grandes roues ou dans les airs, de ce contorsionniste incroyable. Et l'humour ne manque pas non plus.